• Enfant de la bulleThème de la proposition 247

    Astérix, Super-man, Bécassine, Tintin, Spirou, les pieds nicklés, Agrippine, Achille Talon, les Bidochon, Blake et Mortimer, Boule et Bill, Le Chat, Bibi  Fricotin, Tom Tom et Nana, Prince Vaillant, Zig et Puce, tant et tant d’autres encore… Vous l’avez compris, nos héros de BD sont un peu de nous et de notre vie passée ou présente. Rendons leur hommage dans cette proposition en imaginant pour eux une nouvelle aventure. Vous pouvez aussi nous conter  un des souvenirs réel ou fictif qu’évoque pour vous un de ces personnages mythiques.

     


    votre commentaire
  •  

       Ce fut Superman, toujours aussi réactif et inspiré, redresseur de torts et mégalo qui eut l’idée de la chose. La bande à Picsou tenta bien d’en récupérer le mérite mais Batman, accroché à la cape de son mentor commença à prendre le projet sous son aile et à lancer l’invitation. Achille Talon fut le premier à s’inscrire sur la liste des participants, il arriva en béquillant, la énième rupture de tendon de sa carrière… Bécassine et Tarzan le talonnèrent de près, la normande trop couverte pour la saison, l’homme singe bien trop dévêtu pour la circonstance. Les candidats affluèrent ensuite en un manège ininterrompu, des vieux de la vieille tout racornis, de jeunes pousses provocatrices et inspirées, des bourges bien installés dans leur bulle, la génération Charlie tout de noir vêtue tirait la langue à tout le monde. La fée Clochette peinait à enregistrer toutes ces candidatures et ne cessait de tintinnabuler anxieusement sous l’œil vigilant de son ami Peter qui voletait partout.
      
    Il y eu quelques tirages entre Tintin et Titeuf mais rien de bien grave, une histoire belge non résolue sans doute. Milou tira la gueule à Bill mais ils finirent de conserve la gamelle de croquettes à la frite servie par « Martine en cuisine ». Prince Vaillant courtisa Nana en attendant de remplir son dossier, CV et lettre de motivation coincés dans l’armure, Tom Tom jaloux en prit ombrage et on frôla l’incident anachronique. La bande à Mickey déboula en fanfare, ils avaient tous pris un sacré coup de vieux ces vétérans de la BD, Mickey avait désormais la queue et la vue basse et Minnie tentait de camoufler ses bas de contention sous sa jupette à pois.

       Le défilé continua jusqu’à point d’heure, un vrai parc d’attraction sans public, Astérix tentait de rassembler son armée en pleine débandade, la cervoise coulait à flot. Les grandes familles se retrouvaient, les bidochons saluèrent la famille Adams, ils envisagèrent même de marier leurs enfants ! Les Dalton s’entichèrent des schtroumfs, ils ne se quittèrent pas d’une minute et rédigèrent un synopsis commun pour une future collaboration !
      
    Il était temps de comptabiliser les participants et de répartir les rôles, Blake et Mortimer s’en chargèrent avec autorité et distribuèrent les feuilles de route.
      
     Ce serait ce soir, le rendez-vous était fixé ce 14 août à 22 h 45 à Nice sur la promenade des Anglais. Ce soir tous les héros de nos BD se matérialiseront, ils seront tous là, en vrai, de chair et d’os pour honorer les victimes des attentats et combattre la barbarie par l'humour et l'amitié. Lucky Luke ouvrirait la marche sur Joly Jumper, Gaston Lagaf et Largo Winch porteront des drapeaux et les autres participants des bouquets de roses blanches. Pus tard, dans la nuit, ils iraient visiter les rêves de tous les enfants malades hospitalisés et au petit matin, ils retourneraient, pour notre plus grand bonheur à leur destin de papier.

    Proposition 249 - Destins de papier - Joëlle


    votre commentaire
  •     Après avoir longtemps tergiversé, il avait pris sa décision : prendre l’avion jusqu’à Bruxelles. Il fallait qu’il ait une entrevue avec Morris, il n’avait que trop attendu. Ses principales doléances se bornaient au constat suivant : il manquait cruellement d’éléments féminins dans son entourage.
     D’accord, il y avait bien Jane, Calamity Jane, mais Luke la considérait comme un pote et entretenait avec elle des relations rustres et fraternelles, il y avait également Ma Dalton, petite veuve toute occupée à assurer le bien-être de ses rejetons, lesquels profitaient honteusement de leur réputation, quelques filles de saloon infréquentables et la délicieuse Sarah Bernhardt qui s’évanouissait un peu trop souvent et n’avait aucun sens pratique, bref, rien à se mettre sous la dent. Il n’en pouvait plus de sa vie de célibataire endurci, même si la même Sarah Bernhardt déclarait avec force sous-entendus à son propos : « un cow-boy solitaire parce qu’il le veut bien ! » Proposition 249 - Idylle en one  shot
     Il avait donc décidé de se rendre à la source pour demander à son créateur de mettre sur sa route quelque fille séduisante. C’est là, dans les studios de la maison Dupuis, qu’il croisa une autre Jeanne, cette fois une « mademoiselle Jeanne » qui travaillait aux archives des studios. Un vrai coup de foudre. Lorsqu’il arriva au 4ème étage des studios elle venait de sortir de l’ascenseur et sa croupe musclée ondulait faisant balancer une somptueuse queue de cheval rousse qui lui rappela immédiatement l’appendice caudal de Jolly Jumper. Perchée sur ses petits talons qui claquaient tout le long du couloir, elle se dirigeait vers le distributeur de boissons. Luke y vit une occasion inespérée pour un premier contact. Il s’élança à sa suite, le cliquetis de ses éperons en léger décalé avec les talons de la jeune femme, produisit une ligne musicale dont le tempo l’encouragea. Avant de l’accoster, il retira son Stetson et d’un geste rapide et ramena une mèche brune sur le côté.

       - Mademoiselle, permettez- moi de me présenter : Luke, Lucky Luke, puis-je vous offrir une boisson ?
      
    - Vous êtes de la maison ? Je ne crois pas vous connaître. Moi c’est Jeanne. Je travaille aux archives. « Je veux bien un café » dit–elle en rougissant, ponctuant ses paroles de vigoureux va et vient de sa queue de cheval, ce qui émut à nouveau notre cow-boy romantique. 
      
     Luke découvrit son petit minois pointu criblé de taches de rousseur derrière ses grandes lunettes rondes et la trouva tout à fait charmante. Ils sirotèrent leur café en devisant sur les sièges qui se trouvaient tout près du distributeur. C’est ainsi que Luke apprit que Jeanne, secrètement éprise d’un dénommé Gaston se débattait également dans un désert amoureux et que lasse de passer inaperçue aux yeux de son éternel amoureux, elle envisageait une  prochaine reconversion, et pourquoi pas un départ à l’étranger. En entendant cela, Luke se dit que c’était le moment de se placer :
      
    « I’m a poor lonesome cowboy, darling. Si vous êtes OK pour oublier un peu l’air pollué de Bruxelles et goûter aux grands espaces, je vous promets de vous faire voir du pays, de vous emmener découvrir les grands espaces. Caracoler en croupe jusque dans le Colorado ! A nous le vertige du Grand Canyon. Faites-moi plaisir, laissez un moment les studios de la maison Dupuis et ses brouillards vagues et prenez un ticket pour le grand Ouest américain : le Wyoming, l’Arizona, la Californie. Je vous emmènerai jusqu’à Las Vegas pour vous refaire un avenir et si l’envie de faire trempette devenait trop pressante, on ferait une halte à Salt Lake City !
      
    -   Quel programme Luke, j’ai de la peine à imaginer un tel périple !
      
    - Vous ne serez pas déçue. Jolly Jumper saura être la plus accueillante des montures.
      
    - Jolly Jumper ?
      
    - Oui, mon  destrier et  fidèle compagnon, vous n’avez qu’un mot à dire. ..
      
    - Mais Luke, je ne suis jamais montée sur un cheval !
      
    -  Qu’importe Jeanne, je saurai vous y amener. Si vous vous décidez, je vous promets de convaincre Morris pour une année d’aventures telle que vous ne pouvez l’imaginer !
      
    - Ça, j’en suis certaine !


    votre commentaire
  • L'occasionThème de la proposition 247

    Vous venez de faire l'acquisition d'une voiture d'occasion... Mais en ouvrant le vide-poche pour mettre vos papiers, vous découvrez...

     


    votre commentaire
  •     «Rien d’une poubelle. Pas beaucoup de kilomètres au compteur. Une occasion en or. La précédente propriétaire était une vieille dame qui ne roulait pas beaucoup.» Il me fait son boniment. Il ne va certainement pas me dire voici une antiquité polluante à souhaits, plus cotée à l’argus et qui engloutit son essence à la vitesse de la lumière. Je n’ai pas les moyens de refuser son «occasion en or» et sans doute il le sait. Pour le prix il y a aussi la roue de secours (parfaitement opérationnelle) un triangle de signalisation, des diodes neuves et le fameux gilet «jaune, moche qui ne va avec rien mais qui peut vous sauver la vie». Je l’essaye. Elle roule. Normalement. Pas de crachouillis, pas de bruits suspects, freinage impeccable. Et vraiment très peu de kilomètres au compteur. Vu l’âge du véhicule elle ne devait même pas s’en servir pour aller chercher le pain tous les jours. Ok. J’achète.
       Une fois rentrée à la maison je prépare mes papiers pour la préfecture et vais pour les mettre dans la boîte à gants. Où je trouve un billet pour Puccini. La Bohème. Un billet pour demain. A l’Opéra National. Je contacte le garage en lui demandant l’adresse de la vieille dame (sans préciser pourquoi) et l’on me répond (comme si c’était drôle) qu’il faudrait voir avec les pompes funèbres où elle a été enterrée. Les douze héritiers n’ayant pas l’usage de ses affaires ils ont tout vendu «fissa». Douze héritiers et une seule place... Même pas la peine de contacter le notaire. J’en conclus que je viens moi aussi d’hériter.
    Merci madame. Merci beaucoup. Parce qu’avec mon compte en banque ce n’est pas demain que j’aurais pu me permettre d’aller à l’opéra. Il me reste de mes splendeurs financières passées une petite robe noire de créateur, la robe incontournable pour tous les événements (mariage, baptême, enterrements etc.). Je me maquille. Soigneusement. Je ne connais rien à Puccini. Mon italien est un peu rouillé. Tant pis. Un petit tour sur le net pour ne pas me trouver complètement idiote au cas où... Sait-on jamais, je pourrais rencontrer quelqu’un... Le cœur battant la chamade je passe les portes de l’opéra. Ouvreuse, escaliers, porte veloutée, silence à peine remué des mille petites confidences faites du bout des lèvres. Cet endroit est sacré, et d’après les commentaires qui me parviennent les chanteurs sont des pointures. Bêtement j’en ai les jambes en coton. Comme si j’avais usurpé ma place. Dans un sens c’est le cas. L’impression vague de ne pas mériter ce que le destin m’offre. Impression qui se précise lorsque le vieux monsieur assis juste à côté de moi me regarde de travers. Inconsciemment je checke mon haleine, le niveau de ma robe sur mes genoux, l’état de mes chaussures, et je ne trouve rien pour justifier son attitude hostile. Le rideau se lève. La magie commence. Pendant les deux premiers tableaux je suis comme suspendue aux lèvres des anges. La cantatrice (dont je ne parviens pas à me rappeler le nom) est une fée, une enchanteresse. Une ampleur, une puissance surhumaine. Je tremble avec elle, je vibre avec elle... Mes jambes restent en coton mais pour des raisons bien différentes. Arrive l’entracte. Je me lève pour sortir quand le vieux monsieur me saisit par le bras.
       «Qui êtes vous ?»
       Ah. Je suis dans la m... Il sait que cette place n’est pas la mienne. Un ami de ma généreuse (et involontaire) bienfaitrice. Je commence à vouloir m’expliquer et soudain ça fait «tilt» dans ma tête. S’il s’étonne que la place soit occupée par une autre alors il ignore sans doute le décès de son amie. Je déteste annoncer de mauvaises nouvelles. Je ne suis pas douée pour ça. Mais il est si en colère...
       Alors je fais quelque chose dont je ne me serais jamais crue capable. Je l’invite à venir prendre un verre pendant l’entracte. Il me fixe avec des yeux de chouette, je dois m’y reprendre à deux fois.
       «Il faut que je vous parle.» Serrés comme des sardines au bar d’en face nous vidons nos verres d’un trait. Ce n’est vraiment pas l’environnement feutré dont j’ai besoin pour lui parler. Nous sortons dans la rue.
       «Vous allez m’expliquer ou bien… ? »
       «Je suis désolée.» Je le suis vraiment. Bon sang je vais faire de la peine à un homme de quoi, soixante-quinze ans ! Ca me fait mal avant même de parler. Et il comprend sans que je finisse ma phrase. Ses yeux brillent comme des braises. S'il ne fond pas en larmes il n'en est pas loin.
       «Vous êtes une de ses nièces ?» Je m’explique. Et à mon grand étonnement il me pose des questions. Comment j’ai trouvé la première partie. Ce que je ressens en écoutant Puccini. Je ne sais pas où il veut en venir. Mais je reste aussi honnête que possible. Alors il me raconte. Une histoire de fous. D’amoureux fous qui se sont perdus et retrouvés par hasard mais trop tard. Tous deux mariés. Pas forcément la vie dont ils avaient rêvé. Et ces entractes (oh pas d’adultères, trop bien élevés pour cela) où ils se retrouvaient pour savourer comme un fruit défendu ces quelques heures d’envol lyrique. Là c’est moi qui ai les yeux brillants. Nous remontons au balcon le cœur si lourd... J’ai du mal à me laisser reprendre par ses voix soudain devenues si dérisoires face au chagrin... Mais à mon oreille une autre voix, cassée, rocailleuse, me pose une autre question. Je réponds que je ne peux pas. Il me demande pourquoi. Je lui dis franchement que ce n’est pas dans mes moyens.
       Il dit «Seul ce sera trop dur.» Alors j’accepte son extravagante invitation.
       Et quand Rodolfo crie «Mimi» une main serre la mienne si fort...
       Le mois prochain il se jouera La Traviata. Il m’enverra une place.

    Proposition 248 - Dans la boîte à gants - Alraune
     


    votre commentaire
  • Salon littéraire, une histoire de plumeThème de la proposition 247

    Vous n’êtes plus simple écrivaillon mais un véritable auteur qui parle de lui et de son œuvre lors d’une émission culturelle consacrée aux grands prix  littéraires. Vous pouvez dans votre interview rebondir sur les autres interviews envoyées et toute forme de mégalomanie n’est pas interdite… 


    votre commentaire
  •  

     — Bonjour Paul Richemond.
    Nous sommes heureux de recevoir ici l’heureux lauréat du prix Goncourt.
    Vous étiez l’outsider, inconnu du grand public à ce jour.
    C’est d’ailleurs votre premier roman.Quel est votre sentiment devant ce succès fulgurant ?

    — J’en suis moi-même étonné et pour tout vous dire un peu embarrassé. J’aurais préféré plus de discrétion, moins de tapage pour mes débuts au grand jour. C’est en effet mon premier ouvrage publié, mais j’en ai beaucoup dans mes tiroirs, tous invariablement refusés.

    — Allons, allons, ne faites pas la fine bouche, pardonnez l’expression, mais le Goncourt ce n’est pas rien.  Alors, heureux ?

    — Bien sûr, j’apprécie à sa juste valeur la reconnaissance de mes pairs, mais je ne cours pas après. Vous savez, je ne cherche pas les récompenses et autres hochets qui mènent à la célébrité et à tous les désagréments qui vont avec. J’écris par passion, des mots, de la langue, de la fiction, de la vie. J’écris pour instaurer un dialogue avec mes lecteurs, fussent-ils virtuels. D’ailleurs, je suis mon premier lecteur, il faut que je m’enflamme pour ma prose, qu’elle suscite mon intérêt et ma réflexion pour arriver à sortir de moi toute cette matière textuelle.  

    — Votre ouvrage est étrange, on peut dire ça ? Plusieurs entrées, des mots manquants, bien des gens seront déroutés, même si le jury Goncourt a apprécié.
    Vous ne voulez rien moins que révolutionner le roman ? N’ai-je pas raison ?

    — En effet, il y a un peu de vérité dans ce que vous dites. 
    Comme l’écrivain que j’admire le plus, Julio Cortazar, j’ai voulu mettre en place plusieurs manières de lire mon roman « Dédales ». 
    Au début, dans son ouvrage « Marelle » l’auteur a inséré 2 tableaux, dans lesquels sont notés les numéros de pages où doit se rendre le lecteur, en sautant de l’une à l’autre comme quand on joue au jeu de la marelle : 2 débuts, 2 fins et des chapitres parcourus dans un ordre différent. Moi, j’ai mis au point 6 chemins pour lire « Dédales » ! Pour faire jouer le hasard, un dé sera joint à l’ouvrage. Le lecteur tirera au sort son itinéraire de lecture. Il pourra lire un roman multiple à 6 faces.

    — Et les mots manquants, c’est volontaire, je suppose.

    — En effet, j’ai voulu que le lecteur s’approprie le texte, participe. Si j’ai laissé des espaces blancs, sans rapport avec la taille des mots supprimés, c’est pour qu’il y inscrive les siens, qui pourront être différents à chaque lecture selon son humeur et les détours qu’il aura parcourus pour y arriver. Je recherche une sorte de symbiose, un pont entre lui et moi qu’il pourra peut-être franchir et me rejoindre.

    — Un peu comme Pérec, en somme.

    — Je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer à ce génie. Il m’a inspiré, c’est vrai, mais je n’ai pas omis de lettre. J’ai une très grande admiration pour lui, ainsi que pour l’OULIPO dont les contraintes formelles l’ont guidé. Mais dans « Dédales », elles sont d’un autre type : l’itinéraire aléatoire du lecteur, sa participation à la recherche de mes mots camouflés en « blancs ».

    — Et votre but, dans tout ça ?

    — Les récits linéaires, banals de la vie de tous les jours m’insupportent, m’indiffèrent !
    Je veux m’envoler avec mes lecteurs dans l’imaginaire et leur faire voir les choses autrement, sous un autre angle, très loin de l’habituel.

    — Et après ce succès, vous avez sans doute un projet en chantier ?

    — Pas pour l’instant. Ce roman c’est la substantifique moelle de mon esprit, l’œuvre de toute une vie ! Qui sait si j’écrirai encore un jour ?

    — Merci mille fois, Paul Richemont, et bonne chance pour la suite, si suite il y a.

      

     


    votre commentaire
  • L'échappée belleAtelier Poudreurs d'escampette : proposition d'écriture 231

    Faites-nous vivre une situation d’enfermement physique ou mental. Votre histoire pourra être racontée sous l’angle de votre choix, celui de détenus, surveillants, malades, médecins, citoyens lambda,  animaux, objets etc… et se situer en n’importe quel lieu, à n’importe quelle époque...  Votre récit pourra être drôle, tragique, anecdotique, réel ou fictif. Votre « prison » pourra prendre les formes les plus diverses, des plus originales aux plus classiques, la seule contrainte que nous exigeons c’est que l’échappée soit belle.

     


    votre commentaire
  •  
    Lorsqu’il franchit le portail ce soir-là, Georges fut d’abord surpris de ne voir aucune lumière aux fenêtres du presbytère. Il se mit aussitôt à réfléchir. Cécile avait-elle une réunion ? Il ne se souvenait pas l’avoir entendue le lui dire ce matin au petit-déjeuner, or, Cécile après avoir avalé sa première tasse de thé, ne manquait jamais de tenir son époux au courant de ses activités du jour. Georges coupa le moteur et resta assis pour fouiller ses pensées. Non décidément, rien ne lui revenait. Il saisit son attaché-case, sortit du véhicule, appuya sur la télécommande de fermeture et resta planté à cogiter quelques minutes, appuyé sur la portière conducteur. C’était d’autant plus curieux que d’ordinaire Cécile s’arrangeait toujours pour être rentrée lorsque son mari revenait du bureau. Il se décida enfin à rentrer, introduisit la clé dans la serrure, pénétra dans le couloir et appuya sur l’interrupteur faisant ainsi jaillir la lumière. Il se débarrassa de son manteau, de son sac et fila à la cuisine située sur l’arrière de la maison. Là non plus, pas de Cécile. Pourtant, une cocotte encore chaude trônait sur la plaque de cuisson. Perturbé, Georges ne souleva même pas le couvercle, ce qu’il faisait ordinairement. Il tenta un appel :
    - Cécile ? C’est moi…Vous êtes là ? Mais aucune réponse ne se fit entendre. Il s’orienta alors vers le petit salon qu’il éclaira au préalable et fut surpris de voir la table joliment dressée avec le service de porcelaine réservé aux grandes occasions. Les verres de cristal étaient aussi de sortie, les flûtes à champagne n’attendaient plus qu’on les honore et sur la petite desserte, trônait le seau à rafraîchir. Il s’en approcha : vide, pas de glaçons. Il nota alors qu’aucune bouteille de vin n’était disposée sur la table. Très curieux, se dit-il. Cécile ne manque jamais de décanter le vin. Serait-elle descendue au cellier pour y choisir un bon cru ?
    A grandes enjambées, il rejoignit la porte qui menait à la cave, l’ouvrit et fut surpris d’y voir de la lumière.
    - Cécile ? Cécile ? Répondez bon sang ! Tout en appelant, Georges descendit l’escalier. Pas de Cécile.
    Georges nota cependant que le panier réservé à la remontée des bouteilles était posé au pied du rack. Il était donc évident que Cécile était passée par ici.
    Cécile jugea l’ensemble et s’estima satisfaite. Il ne lui restait plus qu’à descendre chercher le champagne et le vin. Elle s’empara du panier et descendit au cellier en jetant un coup d’œil à l’horloge. Il n’était que 17h.
    Elle aurait largement le temps de prendre un bain et de se pomponner avant l’arrivée de Georges.
    Parvenue au rack, elle déposa le panier, et se pencha sur la rangée dédiée aux vins de Bordeaux. Voyons, quel cru choisir ? Elle se décida pour une bouteille de Margaux qu’elle saisit et alors qu’elle s’apprêtait à la déposer dans le panier, elle avisa un trou dans une pierre du mur que ladite bouteille cachait. Elle appuya sa main machinalement et resta bouche bée lorsque un pan du mur sur sa droite s’ouvrit. Cécile est d’un naturel curieux aussi, elle se décida à aller voir ce qu’il y avait dans cette cachette mais aussitôt entrée, le mur se referma sur elle. Ca alors, se dit-elle, c’est inouï ! Comment avons-nous pu passer à côté de ça ? Puis rapidement, ce fut l’inquiétude : enfermée elle l’était bel et bien et risquait de mourir dans cet endroit noir, sans air et c’était inutile de crier, Georges ne rentrerait pas avant une heure.
    Petit à petit, ses yeux s’habituèrent à l’obscurité et il sembla à Cécile que l’espace s’était éclairci. Sur le côté, il y avait comme un petit banc de pierre sur lequel elle prit place pour mieux réfléchir, la bouteille de Margaux toujours dans sa main. Aucun bruit ne filtrait et le temps lui sembla s’écouler affreusement lentement. Elle pria pour que Georges ne soit pas encore dans une de ces réunions interminables. En même temps, on était vendredi 
    généralement son époux ne traînait pas ce jour-là, mais Georges s’avérait parfois un peu imprévisible. 
    Elle réfléchit alors au mécanisme qui avait permis que se referme ce mur sur elle, essayant de dater cette réalisation. Quels avaient été les propriétaires successifs de ce vieux presbytère ? Aucune réponse ne vint mais Cécile n’en attendait pas.
    Elle craignait les araignées, les fourmis pour les dégâts qu’elles avaient causés dans son potager, les lichens qui envahissaient ses arbres fruitiers mais là, elle n’éprouvait aucune vraie frayeur car elle avait confiance en Georges qui ferait le nécessaire pour la délivrer. Georges ne manquait jamais d’initiative et de volonté pour parvenir à ses fins. C’est alors qu’elle prit conscience que son mari ne savait pas qu’elle était prisonnière ! Quelle horreur, je vais finir ratatinée ici, une bouteille de Margaux à la main !
    Le temps prenait son temps et l’angoisse de Cécile se précisait. Toute à ses pensées, elle n’avait pas vu que le trou aperçu dans le cellier laissait passer très peu de lumière mais suffisante pour ne pas être totalement dans le noir.
    Et, comme par miracle, elle entendit Georges qui l’appelait. 
    Elle se mit à genoux en face du trou et répondit :
    - Georges ! Dieu soit loué,  vous voici enfin !
    - Cécile ? Mais où êtes-vous donc ?
    - Mais là Georges, derrière le mur… - Le mur ? Quel mur ?
    - Derrière le rack voyons !
    - Mais enfin Cécile, comment avez-vous fait pour aller derrière le rack ?
    - Georges, écoutez-moi voulez-vous
    - Oui, je vous écoute très chère. Mais vous allez bien, vous n’êtes pas blessée ?
    - Mais non Georges ! Cessez d’ergoter et suivez mes indications.
    - Oui…
    - Vous êtes en face du rack ? Bien, baissez-vous sur la rangée des Bordeaux. Vous y êtes ?
    - Heu oui, mais des Bordeaux il y en a un paquet…
    - Les Margaux Georges, les Margaux !!
    - Ah, les Margaux… Quelle année Cécile ?
    - Roooo, Georges, comment voulez-vous que je vous le dise ! Je suis dans le noir et je ne vois pas l’étiquette de la bouteille que j’ai choisie !
    - Oui, j’y suis. Effectivement, il y a un espace vide…
    - Voilà, donc vous devez apercevoir un trou dans le mur ?
    - Oui, je le vois - Alors appuyez voulez-vous
    - J’appuie… Dieu du ciel !
    Le pan de mur s’ouvrit et Cécile sortit de sa cachette, éblouie par la lumière, devant Georges la bouche grande ouverte. - Merci Georges, merci, sans vous j’allais y passer dit Cécile en se réfugiant dans les bras de son mari. Ils remontèrent enlacés. Cécile n’avait toujours pas lâché la bouteille.
    Ils prirent place chacun dans un fauteuil et Georges déclara qu’il allait investiguer sur cette niche secrète. Puis l’œil brillant, il dit à Cécile :
    - Cécile, la prochaine fois que vous voulez boire en cachette, n’oubliez pas le tire-bouchon !

     


    votre commentaire
  • Cash Machine

    Atelier Poudreurs d'escampette : proposition d'écriture 231 Le plasticien Camille Blatrix a créé un distributeur de billets particulier qui éprouve des sentiments et parle à son utilisateur de la tristesse du monde.

    Ecrivez un dialogue entre le client (vous) et le distributeur dans lequel vous entrerez obligatoirement 3  phrases choisies dans la liste suivante : 

    - Bienvenue, insérez votre carte
    Nous traitons votre demande, veuillez patientez
    - Vous avez dépassé la limite du montant autorisé
    - Sélectionnez vos billets
    - Reprenez votre carte
    - Veuillez prendre vos billets
    - Merci de votre visite

     


    votre commentaire