• Toujours dans la courseThème de la proposition 247

    Samedi 11h, retour de vacances, plus rien dans le frigo. C’est la queue aux caisses du supermarché. Coincé(e) dans une file d’attente, vous poussez mollement votre caddy, vous n’avez rien d’autre à faire…  Observez, racontez, interprétez, commentez, imaginez la vie de ces consommateurs de tous poils et selon votre appétit, proposez-nous un récit allégé ou roboratif !
    Bonne rentrée. 

     


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  •  Nous le savions bien, en partant, qu’au retour le frigo serait vide ! Et pour cause, nous avions liquidé tous les stocks dans nos estomacs et le surplus dans une glacière pour satisfaire quelques pique-niques pendant le voyage. Seulement aujourd’hui il nous faut refaire le plein et pour ça la grande surface du coin fera l’affaire.
         Ça fait une plombe que nous sommes là, ma femme, moi à arpenter les rayons du magasin. Caroline, ma femme, hésite continuellement dans ses choix à tel point que je ne me glisse plus dans le débat depuis longtemps ! C’est vrai que c’est un sacré dilemme, entre le produit pas cher qui parait douteux et le plus cher, forcément de marque, qui n’a pas l’air beaucoup mieux ou ceux qui ont des indications inscrites si finement qu’il faudrait un microscope pour les lire. Essayer de comparer dans ces conditions est de l’ordre du casse-tête et comme je ne suis pas un mathématicien forcené...
        Caroline cherche, revient en arrière, retourne sur ses pas et le caddy n’est toujours pas rempli. Elle hésite tellement qu’après bientôt une bonne heure écoulée le caddy est à peine rempli, alors qu’après ce temps, habituellement, il déborde de marchandises et nous avons terminé. Moi, dans tout ça que puis-je faire ?  Rien bien entendu !  Alors je fais comme les autres, nous sommes à quelque chose près tous dans le même cas, nous les maris bien marris de la situation et courbés en deux, avachis sur la barre de direction du chariot, à risquer la scoliose. Pour le moment je suis occupé à me placer à équidistance de deux rayons traquant les allers et retours de ma moitié. Je n’ai toutefois pas la sensation d’être le seul. J’ai croisé le regard d’un collègue se trouvant à l’autre bout du rayon, il avait l’air aussi impatient que moi. Certains à contrario ont avec eux leur Smartphone. Probablement l’auraient-ils eu sans cela, mais là, ils pianotent dessus sans même prêter attention à ce qui se passe autour. C’est eux les plus heureux ! Ils sont dans leur bulle. Leur parcours semble tout tracé, robotisé, ils avaient peut-être plus conscience que moi de ce qui les attendait.
        Lorsque ma moitié s’est adressée à moi tout à l’heure pour recueillir mon assentiment à l’achat d’une marque pour la nourriture du chien j’ai émis d’un ton las : ouais ! Le plus vexant pour moi c’est qu’ayant dit cela, je la voyais remettre le produit dans le rayon et rechercher la marque juste à côté… désespérant !
        De surcroît, c’est qu’aujourd’hui le magasin grouille de monde, la rentrée scolaire approche !  La grande surface a eu beau mettre en rayon fin juin les marchandises scolaires, les retardataires sont légions. Ils ont attendu la dernière minute pour faire les provisions. Et pendant ce temps-là, nous, nous ramons dans les rayons. L’allée centrale ressemble aux couloirs du métro à six heures du soir et nous avons bien de la peine à avancer. La cohue des pousseurs de chariots, entre ceux qui veulent aller tout droit et d’autres qui ne sachant où trouver de quoi satisfaire leur liste de fournitures, provoquent moult embouteillages et vont quelque fois jusqu’à s’invectiver et se regarder de travers.
        Nous essayons de nous approcher des caisses et là, c’est la même chose pour ne pas dire pire, une dizaine de chariots à la suite devant chaque caisse. La corvée n’est pas terminée…    Caroline à l’air d’être satisfaite de ses achats, moi je suis plus sceptique, mais c’est elle qui sait. En rentrant elle va peut-être constater en relisant son ticket de caisse qu’un article a été compté deux fois, ou qu’un prix ne correspond pas à celui qu’elle a cru voir affiché en rayon. Le comble c’est que nous devrons retourner pour contester et comme ce sera notre parole contre la leur, nous n’obtiendrons rien du tout.
        La file s’amenuise tellement lentement que je serai bien tenté de faire une petite sieste accoudé au caddy, en songeant que j’aurai été bien mieux au zinc d’un bar ! Mais Caroline veille au grain et me tiens éveillé d’un coup de coude dans les côtes en me regardant de travers et en ajoutant tout bas à mon oreille… ça ne se fait pas, voyons. Là, j’ai eu la sensation, l’espace d’un instant, d’être redevenu un petit garçon et me suis redressé légèrement honteux, vexé et énervé.

     

     

     


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  • Sur le bancThème de la proposition 247

    Là vous devrez mêler dialogue et narration pour animer cette scène photographique. 
    Avec l’obligation de « caser » les 8 adjectifs  suivants :

    colossal, énigmatique, abstinent, bilobé, cotonneux, éburnéen, encalminé, alambiqué.


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    Proposition 251 (250 et 249) - Instantané - Josée

    « - Gontran, mon ami, croyez-vous qu’il fera beau demain ?

       - Mmmmm…

       - Le journal dit que non. Comme c’est contrariant, ce temps qui change sans cesse ! Vous ne trouvez pas ?

       - Mmmmm…

       - Il est vrai que les journaux disent toujours n’importe quoi. Tenez, là, par exemple, en première page : « Enigmatique présence d’un homme en collants dans le ciel de New York » … Colossal : le retour de Superman ! Un homme en collants, volant ! Je vous demande un peu… Que ferait un homme en collants ailleurs que dans un corps de ballet ? C’est ridicule ! Vous ne trouvez pas ?

       - Mmmmm….

       - L’ennui, c’est qu’ils disent parfois la vérité. Ce serait trop facile ! Il suffirait de comprendre le contraire de ce qu’ils écrivent, et l’on tomberait juste : ainsi « demain, ciel voilé, avec possibilité d’une averse en début de soirée » serait à interpréter comme « ciel clair sans nuages, sous un beau soleil estival ». Mais non : rien n’est sûr, rien ne dure, tout ment, tout est aléatoire… Comme c’est agaçant ! Vous n’êtes pas agacé, Gontran ?

       - MMMM….

       - Rien ne vous agace, c’est exaspérant ! Vous voilà, vautré dans une béatitude postprandiale, avachi, époux abstinent incapable de tendre à l’astre solaire autre chose que vos jambes éburnéennes…

       - Holà, Paulette ! Stop à la jacassette ! Tu me casses les burnes, avec tes zéburnéennes ! Cause moins alambiqué, et laisse-moi siester !... »

        Ce dialogue ionesquien eût pu durer longtemps et, qui sait ? peut-être évoluer : fera-t-il beau demain ? Superman vole-t-il dans le ciel de New-York ? Gontran saura-t-il satisfaire l’insatiable Paulette ? Nous n’en saurons rien.
    - Et pourquoi donc, sadique narrateur qui nous refuse toute certitude et nous laisse suspendus dans un instantané absurde, telles des libellules sans point d’atterrissage ?
     Las ! Doisneau passait par là, badaud lunatique, et les figea dans son appareil magique. Tel deux navires encalminés, notre couple bilobé, double tête sous double chapeau, se voit englué sur papier glacé, dans cette posture ridicule, pour l’éternité… Pour l’éternité ?... Est-ce si sûr ?
      
    Au secours, Superman !

     


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  •     Elle était venue à petits pas. S’était installée dans le fauteuil en bois, près du banc et de la table, du même bois rustique où il s’était endormi. Elle s’était plongée avec cet air énigmatique et même alambiqué, comme il aimait le dire, dans la lecture d’un journal. Ses lèvres pulpeuses, fruit bilobé dont il connaissait, (avait connu), la délicieuse gourmandise, si rouge et sans fard, mettant en valeur un teint éburnéen. Ce groupe : femme, homme, et meubles de jardin semblait encalminé dans la quiétude de l’après midi. Tel un voilier complètement à l’arrêt, les voiles ne laissant percevoir qu’un léger tremblement. Pas une trace de vent, pas une feuille ne bougeait.  

    — Ma petite femme ZZZZZZZ ! Mon Enigme ! Je vois sur ton chemisier les fleurs et les feuillages du jardin grimper, ils sont sur la manche droite, ils vont bientôt atteindre ta main… c’est vertigineux ! En terrain conquis, ils prennent possession du terrain, ils se mêlent, s’entortillent, se glissent, la nature demande son du, (elle), le tissu se déchire, sur ta peau enfin visible, éclosent mille petits bourgeons ! Ma petite femme, tu as quand même, mis ce chapeau assorti à tes chaussures… c’est d’un vieillot, d’un ennui… RRRRRR… Ai, comme une colossale envie de te les arracher, te voir pied nus, tête nue ! Décoiffer tes cheveux ! Toujours coincés en un chignon… RRRRRRRR ! Décoiffer tes cheveux ZZZZZZZZ… Pourquoi un tel acharnement à te saborder ? RRRRRRR ZZZZZZZ

     — Mon dieu Charles ! Maintenant il rêve à voix haute… Il ne manquait plus que ça ! Tant que sa libido ne s’exprime qu’en rêve, abstinent il restera au réveil !
      
    Charles mon ami, dors… Le déjeuner n’est pas encore prêt.
      
    Une drôle d’impression, une matière cotonneuse qui me caresse le bras, des parfums entêtants, la douce caresse d’un pétale de soie, la vigueur d’une branche. Les voiles frémissent tout à coup, une légère bise se lève. Je me sens embarquée dans le monde d’une nature luxuriante. Les buissons ont pris le pouvoir ! Et vogue beau voilier !

       Ce soir, Charles, je mettrai le déshabillé que vous m’aviez offert. Il y a si longtemps…

     


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  • Précaire...Thème de la proposition 247

    Un adjectif souvent décliné par les temps qui courent qui peut qualifier beaucoup de choses.
    Votre histoire illustrera cet adjectif sans jamais l’employer. Bien sûr tous les synonymes sont permis.


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  •    Amoureux des mots il l’avait attrapé sur le bout de la langue, bien en bouche mais ce vocable rebelle ne pouvait s’envoler, interdit imprononçable ; ne voulant utiliser les synonymes il biaisa avec des antonymes qui n’eurent l’heur de plaire, pourtant il exprimait ce qui lui semblait improbable dans le temps, car le temps de  « Capri c’est fini ». Mais ce mot, ce  mot, inexprimable  il le trouverait, lui redonnerait son envol, quitte à en écrire l’anagramme, bouleverser l’idée d’un pré carré alors il pensa à, câprier et enfin, RAPIECER ce qui lui fit revenir au début de son idée, d’une pérennité bancale.

    Proposition 250 - Détournement - Nadia


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  •  

       J’ai tout de suite sympathisé avec Geoffroy lorsque je l’ai rencontré sur les bancs de la fac. C’était un gars sérieux sur qui on pouvait compter. Il inspirait confiance. Rien ne lui faisait peur. Dans ces années-là, il fut l’un des premiers à pratiquer le saut à l’élastique. Un jour, il nous fit, en cours, un exposé sur cette discipline. Je l’entends encore : « Il s’agit de transformer la peur de la mort en quelque chose d’utile pour t’aider à te concentrer. Tous les gestes effectués lors d’un vol résultent de décisions prises en amont pour réaliser des figures. Cela me permet de me fixer des priorités, de savoir ce que je veux faire dans la vie, de prendre les bonnes décisions pour y arriver. Quand tu regardes le sol depuis ta plateforme, tu te sens bien ; tu as tout vérifié, tu ne te poses plus de questions, tu sautes.»

       Un tel discours dans la bouche d’un jeune de vingt ans nous impressionnait. Il conduisit sa vie avec cette lucidité, il savait où il voulait aller. Il regardait devant lui, il n’esquivait pas les difficultés, il relevait les défis pour s’éprouver lui-même.    Il épousa Blandine à la fin de ses études. Ils fondèrent une famille unie ; cinq enfants, ils ne pouvaient pas faire moins. Ils consacraient tout leur temps à leur famille. Lorsque nous allions chez eux, nous regardions ce jardin que Geoffroy entretenait avec soin et dans lequel poussaient toutes sortes de fruits et légumes. Si nous allions manger un samedi soir chez eux, nous apprenions que Geoffroy avait passé une heure avec sa fille à cueillir des mûres qu’il avait posées sur un fond de tarte pour nous présenter au dessert une magnifique composition sucrée. Geoffroy mangeait peu, il ne mangeait jamais à satiété, il restait toujours sur sa faim. Son allure sportive et svelte correspondait bien à son personnage qui contrôlait tout. Je le charriais et lui disais qu’il avait raté sa vocation ou plutôt ses vocations car il disposait de multiples cordes à son arc.Geoffroy et Blandine n’allaient pas à la messe tous les dimanches mais ils assistaient le curé de la paroisse dans les préparations au mariage. Leurs cinq enfants avaient fréquenté les écoles catholiques. Leur couple solide affichait de vraies valeurs, ils vivaient sainement et adoptaient un dress code des plus simples. Geoffroy véhiculait une image d’indestructibilité.
       Leur fils aîné, Bruno, vivait à Madrid depuis qu’à l’issue de son V.I.E (mission export étudiante) l’entreprise qui l’employait lui avait proposé de créer de zéro, un département export. Il se débrouillait plutôt bien et son chiffre d’affaires augmentait chaque année. Sa sœur Laure l’avait rejoint deux ans plus tard pour effectuer son stage étranger et elle aussi, trouva un emploi à Grenade, dans le département marketing d’une chaine de distribution de biens culturels. Nous la connaissions pour être très réservée ; cette année-là, elle sortit de son cocon et s’ouvrit à la vie.

       Cet été là, Geoffroy et Blandine nous convièrent au mariage de Bruno. Cela ne nous surprit pas, nous connaissions Christina, l’heureuse élue, pour l’avoir rencontrée déjà plusieurs fois. Un mariage dans la plus pure tradition espagnole, en grande tenue, robes longues et queues-de-pie. Cela ne réjouissait pas trop Blandine, qui ne se maquillait jamais, de devoir se sacrifier à ces rites d’un autre âge. Durant cette soirée, nous vécûmes comme sur une scène de cinéma, rien n’était trop beau dans les jardins de cette abbaye désaffectée. Cette réception familiale émerveilla tout le monde ; les frères et sœurs du marié, en grande tenue, avaient fière allure. Laure portait des cheveux courts, cela lui allait bien d’ailleurs. Elle avait coupé ses longs cheveux d’adolescente et se maquillait tous les jours. L’absence d’enfants dans l’église nous surprit. Quelques têtes blondes venues du Nord mais point d’ibériques. Je savais qu’un déficit de natalité minait l’Espagne mais je n’imaginais quand même pas cela.A l’issue de la fête, nous rejoignîmes l’auberge dans laquelle une bonne partie de la délégation française avait pris ses quartiers. Deux journées paradisiaques en compagnie de la famille de nos amis. Blandine accusa un sérieux coup de fatigue le dimanche soir, peut-être l’émotion. Laure repartait vers Grenade où elle travaillait le lendemain. Bruno retournait sur Madrid. Blandine savait qu’elle ne les reverrait pas de si tôt. La séparation lui arrachait des larmes qu’elle s’efforçait de contenir. Les invités partaient les uns après les autres. Nous partîmes le lendemain pour un périple de quelques jours autour de Madrid. Blandine et Geoffroy rejoignaient le Gers pour y finir leurs vacances, nous avions convenu de les rejoindre quelques jours plus tard.

      La beauté grandiose des paysages gersois se déployait à perte de vue. Les silhouettes d’immenses cèdres se détachaient sur les crêtes. Les tournesols ajoutaient, tels des fleurs géantes, une note extraordinaire à ce magnifique décor. Comme le soir tombait, nous quittâmes la route principale pour gravir sur la droite une voie étroite au sommet de laquelle se dessinait un village médiéval. Notre gîte se trouvait à quelques pas de la porte d’entrée du bourg.    Geoffroy et Blandine nous accueillirent. Je les trouvais soucieux. Ils nous montrèrent notre lieu de villégiature. La maison, située près d’une ancienne exploitation agricole, disposait de murs épais et conservait la fraîcheur. Une grande pièce à vivre ouverte sur la cuisine constituait l’essentiel du logis. Sur la table, les assiettes nous attendaient… Deux fenêtres, orientées sud, dominaient un vaste panorama ; une paire de jumelles, posée sur l’appui de fenêtre, permettait de distinguer les monuments les plus significatifs du paysage.

       Nous évoquâmes le mariage de Bruno et notre voyage en Espagne durant le repas. Des assiettes de crudités réjouirent nos papilles. Geoffroy nous avait préparé un assaisonnement à l’aide d’herbes cueillies dans les près avoisinants. Nous mîmes un peu d’ordre dans la cuisine et Geoffroy nous proposa de boire une tisane dans le jardin. Blandine nous révéla le lourd secret qui la minait. Le dimanche après-midi qui suivit le mariage, elle accompagna Laure dans sa chambre pour l’aider à faire ses valises et passer un peu de temps avec elle. Elle lui dit qu’elle serait heureuse de la voir dans une robe blanche au bras de son père pour la conduire à l’autel le jour de ses noces.

     «  Mais Maman, le curé n’acceptera jamais de me marier. Je compte bientôt me pacser avec Sofia, ma colocataire », lui répondit Laure. 
    - Je ne sus que répondre, je n’imaginais pas cela de Laure, reprit Blandine.
      Je jetais un coup d’œil à Geoffroy. Sa mine décomposée me confirma que j’avais bien entendu. Blandine renifla pour éviter d’éclater en sanglots.

    Geoffroy n’acceptait pas la situation : « Cela ne correspond pas à ce que nous voulions pour elle. Je comprends maintenant qu’en partant en Espagne, elle nous fuyait. Elle ne pouvait vivre près de nous. »
    J’essayai de relativiser et affirmai qu’il valait mieux la voir heureuse dans sa nouvelle vie que prostrée, à la traîne, dans une vie qui ne lui convenait pas. Geoffroy m’interrompit :

       - Evidemment, tu dis cela parce que cela ne te concerne pas. Pour moi, c’est un vrai cataclysme. Que vont penser ses frères et sœurs ?

       - Les enfants disposent de capacités d’adaptation et de compréhension supérieures aux nôtres. Ils connaissent probablement la situation de ta fille depuis plus longtemps que toi.

       - Nous avons tout fait pour préserver nos enfants et leur présenter l’image d’un foyer aimant afin qu’ils prennent confiance en eux, et voilà le résultat !    Ces paroles m’ébranlèrent, je ne savais comment il fallait les interpréter. Je n’osai pas lui demander de m’éclairer, je n’en parlai à personne mais j’y réfléchis pendant la nuit. Voulait-il dire qu’il suivait sa route par devoir ? Reproduisait le schéma familial de ses parents uniquement par tradition ?    Le lendemain, je pris à part Blandine pour en discuter. Elle prenait la situation telle qu’elle se présentait. Que veux-tu que je fasse, elle reste ma fille ! Elle me dit que Geoffroy avait pleuré des jours entiers, qu’il s’isolait, restait parfois prostré plusieurs heures. Lui qui n’écrivait jamais éprouvait le besoin de s’épancher dans un cahier ; elle ne savait ce qu’il y écrivait. Elle se désolait de nous présenter des figures aussi fermées pour nos vacances mais cela la réconfortait de pouvoir discuter avec nous. Deux jours après notre arrivée, Blandine reçut un appel de sa fille. Elle nous annonça que Sofia allait bientôt avoir un enfant.

        - Et bien, c’est le bouquet, s’exclama Geoffroy. Moi je n’y crois plus ! Tout cela, c’est de la blague ; ce carnaval ne rime à rien.

        En septembre, Geoffroy m’annonça qu’il divorçait. Pour la première fois, je vis vaciller cet homme solide comme un roc. Il exprimait des envies de vivre l’instant présent, il acceptait le caractère incompréhensible de l’existence. J’ai craint un moment que ses facultés ne lui aient échappé. Il me dit vouloir se forger une image qui lui ressemble. Il déménagea et changea de profession. Il coupa les amarres, je ne reçus plus aucune nouvelle. Je ne désespère pas qu’il renoue, un jour, le contact avec son passé. Blandine souffrit de cette rupture mais elle s’en remit. Elle m’apprit en juillet de l’année suivante qu’elle avait rencontré Geoffroy au baptême de la fille de Sofia et de Laure. Il semblait heureux, elle ne comprenait pas qu’il ait tant grossi.


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  • Enfant de la bulleThème de la proposition 247

    Astérix, Super-man, Bécassine, Tintin, Spirou, les pieds nicklés, Agrippine, Achille Talon, les Bidochon, Blake et Mortimer, Boule et Bill, Le Chat, Bibi  Fricotin, Tom Tom et Nana, Prince Vaillant, Zig et Puce, tant et tant d’autres encore… Vous l’avez compris, nos héros de BD sont un peu de nous et de notre vie passée ou présente. Rendons leur hommage dans cette proposition en imaginant pour eux une nouvelle aventure. Vous pouvez aussi nous conter  un des souvenirs réel ou fictif qu’évoque pour vous un de ces personnages mythiques.

     


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       Ce fut Superman, toujours aussi réactif et inspiré, redresseur de torts et mégalo qui eut l’idée de la chose. La bande à Picsou tenta bien d’en récupérer le mérite mais Batman, accroché à la cape de son mentor commença à prendre le projet sous son aile et à lancer l’invitation. Achille Talon fut le premier à s’inscrire sur la liste des participants, il arriva en béquillant, la énième rupture de tendon de sa carrière… Bécassine et Tarzan le talonnèrent de près, la normande trop couverte pour la saison, l’homme singe bien trop dévêtu pour la circonstance. Les candidats affluèrent ensuite en un manège ininterrompu, des vieux de la vieille tout racornis, de jeunes pousses provocatrices et inspirées, des bourges bien installés dans leur bulle, la génération Charlie tout de noir vêtue tirait la langue à tout le monde. La fée Clochette peinait à enregistrer toutes ces candidatures et ne cessait de tintinnabuler anxieusement sous l’œil vigilant de son ami Peter qui voletait partout.
      
    Il y eu quelques tirages entre Tintin et Titeuf mais rien de bien grave, une histoire belge non résolue sans doute. Milou tira la gueule à Bill mais ils finirent de conserve la gamelle de croquettes à la frite servie par « Martine en cuisine ». Prince Vaillant courtisa Nana en attendant de remplir son dossier, CV et lettre de motivation coincés dans l’armure, Tom Tom jaloux en prit ombrage et on frôla l’incident anachronique. La bande à Mickey déboula en fanfare, ils avaient tous pris un sacré coup de vieux ces vétérans de la BD, Mickey avait désormais la queue et la vue basse et Minnie tentait de camoufler ses bas de contention sous sa jupette à pois.

       Le défilé continua jusqu’à point d’heure, un vrai parc d’attraction sans public, Astérix tentait de rassembler son armée en pleine débandade, la cervoise coulait à flot. Les grandes familles se retrouvaient, les bidochons saluèrent la famille Adams, ils envisagèrent même de marier leurs enfants ! Les Dalton s’entichèrent des schtroumfs, ils ne se quittèrent pas d’une minute et rédigèrent un synopsis commun pour une future collaboration !
      
    Il était temps de comptabiliser les participants et de répartir les rôles, Blake et Mortimer s’en chargèrent avec autorité et distribuèrent les feuilles de route.
      
     Ce serait ce soir, le rendez-vous était fixé ce 14 août à 22 h 45 à Nice sur la promenade des Anglais. Ce soir tous les héros de nos BD se matérialiseront, ils seront tous là, en vrai, de chair et d’os pour honorer les victimes des attentats et combattre la barbarie par l'humour et l'amitié. Lucky Luke ouvrirait la marche sur Joly Jumper, Gaston Lagaf et Largo Winch porteront des drapeaux et les autres participants des bouquets de roses blanches. Pus tard, dans la nuit, ils iraient visiter les rêves de tous les enfants malades hospitalisés et au petit matin, ils retourneraient, pour notre plus grand bonheur à leur destin de papier.

    Proposition 249 - Destins de papier - Joëlle


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