• Proposition d'écriture 235 - 17 Avril 1970, un grand jour - Cath

    Houston…
      
    Quarante-six heures après le décollage, Houston appelle le vaisseau spatial pour confirmer que tout fonctionne parfaitement et que les gens du centre de contrôle « s’ennuient à mourir». Neuf minutes après, l’équipage d’Apollo 13 entend une explosion. Le réservoir 2 d’oxygène vient d’exploser à 300 000 km de la terre, endommageant à son tour le réservoir 1. Le gaz s’échappe dans l’air, l’équipage perd graduellement l’approvisionnement en électricité et en eau, et le module Odyssey perd toute stabilité. Le commandant Swigert est le premier à lancer la phrase célèbre : « Houston, nous avons un problème ! »…

       Paris 12éme, même jour, même heure et même année…
    Je suis pourtant d’un naturel confiant mais cette attente prolongée commence à me peser.
       Depuis combien de temps suis-je là, confiné dans l’obscurité, à attendre ? Quelqu’un de l’extérieur est-il au courant de ma présence ici ? Qui me séquestre ainsi et pour quelle raison ?
       Pour le moment je ne manque encore de rien… Mais pour combien de temps ? Mes membres ankylosés ne répondent plus à mes appels. Mes bras grêles ne trouvent plus le chemin de mes yeux et j’ai du choisir la solution des faibles : j’incline ma tête jusqu’aux genoux. C’est la position dans laquelle je me suis réveillé dans ce lieu. Je m’habitue au manque de sommeil depuis que mon esprit s’aiguise. Je fais la chasse aux pensées. Dès qu’il s’en présente une, je l’agrippe et l’attire jusqu’à moi. Je la décortique, la décongestionne et ne me résigne à l’abandonner qu’après m’être assuré qu’elle ne peut plus m’être utile. Parfois la région des idées reste nue, alors, prudemment je remets à plus tard et fais le mort jusqu’à une autre impulsion de révolte… En me balançant mécaniquement, je m’aplatis sur le côté : j’ai réussi à bouger. Il s’agit de se mettre à plat-ventre, mais mon dos, pesant et mou adhère obstinément à la paroi. J’essaie de rouler sur moi-même mais mon cordon de survie m’étrangle et je reste coincé sous mon propre corps. Je salive une tiédeur humide que ma langue pâteuse et gonflée ne supporte plus et rêve d’un objet froid sur mes lèvres. L’étouffement menace ; ne cherche-t-on pas, de l’autre côté de la cloison, à diminuer ma ration d’oxygène afin de me renvoyer au néant ? Assommé de fatigue je lèche mon coude.
       Le réduit se met à vibrer anormalement et frémit à intervalles réguliers.
    Ce phénomène silencieux va-t-il s’amplifier ? Mes tentatives désordonnées pour ramper perturbent-elles un mécanisme subtil ? Le rythme s’accélère et les secousses gagnent en amplitude et en violence. Je suffoque.
       Il est trop tard pour regretter le temps du croupissement et des désirs de fuite. Le corps secoué et malmené, je n’arrive pas à protéger ma tête. Où va-t-elle s’écraser ?
       Une lumière envahit le réduit. Des ombres dantesques m’enserrent, m’entraînent et frappent sans fin ma peau cyanosée jusqu’à ce que je me fissure à la vie dans un interminable cri…

     

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