• Proposition d'écriture 233 - Ceci est mon corps - Danièle

    (Une sainte – Emilie de Turckheim – Le livre de poche)
        « Très tôt, elle sut qu’elle serait sainte. » Cependant, il ne suffisait pas de le savoir, il fallait s’y employer. Elle avait toujours le prix de meilleure camaraderie en classe, mais c’était banal, il y en avait un par classe. Elle fit les courses des petites vieilles dans son quartier. Celles-ci lui donnaient la pièce et la forçaient à l’accepter. Un travail rémunéré n’a rien d’un geste pieux. Elle allait au catéchisme régulièrement, à la messe tous les dimanches, se confessait bien qu’elle n’ait véritablement rien à avouer qui puisse être considéré comme un péché, à part peut-être justement le dimanche après-midi la part de gâteau confectionné par sa mère dont elle se délectait. Au désespoir de ses parents, elle ramenait chez elle tous les chats errants pour les nourrir et les soigner. Serait-elle bonne sœur, infirmière, travaillerait-elle à la SPA ? La question lui était posée comme à tous les enfants de son âge, bêtement d’ailleurs, car très peu savent alors à quoi ils se destinent. Elle n’osait répondre : « je serai sainte », c’était pourtant ce qu’elle pensait en son for intérieur.

        A l’église, quand elle s’y rendait seule, elle s’adressait à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une statue la représentant en pied, serrant contre sa poitrine un Christ en croix, et lui demandait de lui révéler sa « petite voie ». Or, celle-ci restait de marbre. Entrer au couvent ne lui semblait pas le juste chemin pour atteindre la sainteté : pour être déclarée sainte, il fallait que l’environnement eut conscience de l’extrême dévouement de la postulante.  
        Le jour de sa communion solennelle, en avalant l’hostie, elle sut qu’il fallait renoncer à son corps pour accueillir celui du fils de Dieu. Elle cessa donc de manger. Ses parents eurent beau supplier et tempêter, rien n’y fit, si ce n’était l’état de faiblesse dans lequel elle se retrouva bientôt qui la conduisit directement à l’hôpital, où elle n’eut plus qu’à obéir. Dès qu’elle fut en meilleure santé, elle insista pour suivre l’infirmière dans sa tournée de soins, pas longtemps : elle s’étala bientôt de tout son long sur le sol.
        Lorsqu’elle reprit les cours, ses camarades la regardèrent curieusement. Elle se sentait ostracisée. Fallait-il en passer par là pour atteindre la voie de la sainteté ? Le bruit s’était répandu dans le village et les garçons aussi la fuyaient. Enfin, pas tous ! Michel, avec son doux visage, lui souriait. Le temps passa sans qu’une solution à son problème ne lui vienne à l’esprit.
       Un peu plus grand et plus âgé qu’elle, Michel aurait été joli garçon, si ce n’était sa bosse dans le dos. Voilà, se dit-elle alors qu’elle travaillait à la ferme familiale, je vais lui sourire, lui parler, l’aider à vivre. Et elle l’aida tant et tant qu’un petit ange fut conçu, et certainement pas par l’opération du Saint Esprit. Elle fut obligée de confesser pour la première fois un péché capital à Monsieur le Curé qui ne manqua pas de la gronder. « Comment, toi, Bernadette, mais quelle honte ! » Son erreur, qu’elle n’avait d’ailleurs pas considérée comme telle, fut vite réparée, elle endossa pour la deuxième fois de sa vie une superbe robe de dentelle blanche et, se regardant dans le miroir, elle crut voir dans son diadème une auréole.   

     

    « Thème de la proposition d'écriture 232Proposition d'écriture 233 - Jules et Pimprenelle - Dada »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :