• Proposition d'écriture 229 - Retour de combat - Luce

          

    Au loin, un lourd nuage de poussière.C'est l'armée de Godefroy qui rentre de campagne.
    On entend le grondement sourd des milliers de sabots qui percutent le sol. Plus près de nous, prévenue par les guetteurs de l'arrivée imminente de son tendre époux, Dame Cunégonde a grandement ordonnancé la cérémonie du retour. Chacun a été investi de son rôle et déjà le château fourmille d'activité. Savoir comment s'agencent les divers préparatifs n'a pas grand intérêt. Aussi rendons nous directement plus tard dans la salle du banquet , au moment  attendu où sire Godefroy , valeureux philistin, entame le récit de ses exploits dans une envolée dithyrambique.
    ...D'un trait foudroyant j'avais abattu son destrier. Nous poursuivions le combat dans la plaine de Flandres en croisant nos épées. J'étais habité d'une rage pugnace. Chacun de mes coups ébranlait l'adversaire. Je le sentais vaciller, mais ne faiblissais point...
    - Tout doux, mon ami. Ne sont-ce pas là rodomontades? Vous en temps ordinaire si valétudinaire!!! Voilà qu'à vous entendre, vos dires dégorgent d'une robuste santé!!! Votre récit ne serait-il pas pure coquecigrue?
    -  Fermez-la*, ma douce mie, ou je me vois contraint de vous oublietter** sur-le-champ.
    (* en langage très familier dans le texte   **verbe imagé qui se passe d'explications)

    Amis et gens céans, oublions l'incident et retournons ensemble sur le champ de bataille.

    Entendez-vous ces cris? Entendez-vous le bruit des fers que l'on heurte?...Soudain, j'abats violemment mon glaive sur le heaume de mon adversaire. Il chancelle, amorce quelques pas à reculons et s'écroule. Le sang dégoutte de son crâne. De lui je me rapproche pour lui signifier sa perte définitive. Il se redresse dans un râle et fait front. Il lève des deux mains son épée impuissante au-dessus de sa tête, s'apprête à me frapper ...et s'écroule. Je retire son casque. Ses yeux épuisés m'implorent.

    - Je me dois de vous achever.

    - Pitié.

    - Il faut un vainqueur et un vaincu, c'est la règle.

    - Pitié.

    - Mon honneur est en jeu. Qu'irait donc raconter mon armée alentour si je ne vous plongeais pas en trépas dès ce jour?

    - Ce sont là arguties. Cessons-là, je vous prie.

    - Cessons donc en effet...et d'un coup emporté, je lui tranchai le cou...

    Le silence s'est fait. Chacun se tait, chacun se regarde.

    Brusquement, une explosion de cris de triomphe sauvages. Godefroy, tout enflé de satisfaction, se penche vers sa dame pour entendre de justes et prometteuses félicitations.

    - Pouah!!! Vous emboucanez , mon doux sire. Vous aurez sans nul doute délaissé le bon bain que tantôt je vous fis préparer avec soin.

    Présentez cependant ce front éburnéen pour que là je dépose un candide dessein. Sitôt fait, prfutt! Godefroy se transforme en crapaud vieux et laid et par bonds disparaît dans le jour évanescent.

    Délivré de son sort, il coule en bord de mare des jours heureux depuis lors.

     

      

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  • Commentaires

    1
    Ludmilla
    Vendredi 2 Octobre 2015 à 16:18

    Bravo Luce, tu as su trouver le ton qu'il fallait pour nous conter cette histoire d'un temps bien ancien. Les mots imposés s'insèrent parfaitement !



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