• Proposition 257 - Non, merci - Raynald

     

        Paul Letron détestait qu'on le prenne en photo. Il ne pouvait supporter de faire une pause ni de se plier à la pose. Impossible pour lui de passer outre les aléas désagréables des bonnes manières de sourire sans bouger devant un objectif. Se confirmer à la norme devenait une insulte à sa capacité d'intelligence et lui paraissait inconcevable. De toute manière, il lui était totalement impossible de demeurer immobile. Se fixer un seul petit instant, il ne connaissait pas. Il avait toujours la bougeotte et ne pouvait s'en empêcher. Il tremblait de l'intérieur. Il vibrait de partout. Il se secouait le squelette bien malgré lui. M'sieur Letron souffrait du syndrome des tremblements incessants. Maladie proche parente de celle dite de Parkinson, mais à l'inverse. Aucune rigidité, tout en mouvements libertaires de s'exprimer sans contrainte aucune, que celle de déplaire aux autres à l'opposé. Celles et ceux qui n'en finissent pas de s'engluer, de s'endormir, de s'attarder en s'attachant aux règles de la bienséance du faire comme il faut. Faire sans déplacer de vent. Ni faire de vague ni d'esclandre. Se déplacer en faisant du surplace, histoire de ne pas déplaire au code d'honneur et d'éthique des conventions sociales du bon marché tout en stabilité et en bonne tenue. Donc, penser se faire un selfie lui était carrément inconcevable. Il avait mis une croix sur cette action bien égotiste d'une façon bien personnelle de la modernité actuelle la toute première fois qu'il en avait entendu parler
       
    En un éclair, il avait dit un non instantané à cette idée saugrenue et si nombriliste.

     

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