• Proposition 254 - l'arbre des arbres - Dada

     

        Enceints d’une brume équatoriale vaporeuse, ils son arrivés, timides et frissonnants, intrigués, hésitants, émus, pleins d’une retenue archangélique, se rassurant mutuellement, se cherchant les yeux, se touchant les mains. Approchez leur dis-je, je suis l’arbre supercoquentieux, l’arbre du cœur et j’ai poussé au centre du jardin magnifique et céleste. Je suis le centre et c’est moi qui tiens la voûte du ciel. Je porte des fruits d’or. J’ai repoussé au dessus des nuages la canopée festonnée d’un feuillage d’argent bordé d’un cordon de lapis-lazuli et d'émeraude. On m’appelle l’arbre du ciel, ou l’arbre de vie. Je suis l’arbre des arbres, je veille sur ce jardin des délices. Je ne règne sur rien. J’accompagne. Approchez, vous dis-je, n’ayez crainte. Mes branches ploient depuis la voute étoilée jusqu’au sol, sous le poids de mes fruits merveilleux. Approchez… Mais non, je ne suis si pas vieux. Pas si vieux et très vigoureux. Hors d’âge. Il faudrait me tronçonner pour connaître mon année de naissance. On me prête quatre vingt mil ans. Mais pour le vérifier il faudrait me tronçonner et me compter les cernes. Quatre vingt mil cernes. J’en suis amusé… Qui de nos jours, saurait encore compter les cernes d’un arbre en comptant sur ses doigts jusqu’à quatre vingt mille sans trébucher ? Quatre vingt mille ans ? Qui ? Qui saurait ? Approchez leur dis-je… Ils sont beaux ces enfants. Ils avancent, les yeux s’ouvrent. Ils lèvent la tête et découvrent les fruits les plus aromaux qu’il soit sur terre et les plus délicieux. Ils sont dans les vignes alourdies par les grains en grappes qui grimpent à l’assaut du ciel, en volutes perpétuelles, autour des jeunes arbres du verger. Jamais œil d’homo sapiens n’a encore admiré pareil spectacle, ni éprouvé telle ineffable allégresse accompagnée par le plain-chant des oiseaux de paradis et par le profond phrasé des grandes orgues cosmiques qui soufflent contre le vent. Le spectacle de la nature les jette dans une ivresse amoureuse. Ils sont nus. Mon Dieu qu’ils sont beaux. Elle s’allonge dans le nid de mousse moelleuse qui tapisse la base de mon tronc. Elle frémit. Embrasse-moi lui intime-t-elle. Lui ne bouge pas, intimidé. Elle a le sourire du vent et le regard de la pluie. Elle lui prend le visage tourmenté et se presse contre ses lèvres. Embrasse moi… Embrasse moi plus fort que ça. Le ciel s’est couvert. On ne voit plus dans le ciel ni lune ni étoile, tous les réverbères de l’infini sont allumés a giorno sur la mousse douillette qui confisque la lumière phosphorescente. Il semble que toutes les étoiles de la voûte céleste soient tombées dans la clairière. Ils font l’amour. Mon Dieu qu’ils sont beaux. Une longue plainte essoufflée s’échappe allegro affettuoso et remplit la forêt. Encore, encore, geint-elle délicieusement. Elle chevauche son amant, le corps tendu comme un arc, sa douce et tendre peau luisante… Encore… encore.    Des ramées sont dressées. J’ai offert mes fruits. Ils les mangent, ils boivent le vin. Ils s’embrassent. Ils sourient. Silencieux. J’ai beau être l’arbre des arbres, je ne suis pas de bois et je suis ému aux larmes.
        Qu’ils sont beaux, mon Dieu qu’ils sont beaux…   
        La vie humaine...    Il fallait bien un début. Non ?

     

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