• Proposition 252 - Désespérant - Jean-Luc

     Nous le savions bien, en partant, qu’au retour le frigo serait vide ! Et pour cause, nous avions liquidé tous les stocks dans nos estomacs et le surplus dans une glacière pour satisfaire quelques pique-niques pendant le voyage. Seulement aujourd’hui il nous faut refaire le plein et pour ça la grande surface du coin fera l’affaire.
         Ça fait une plombe que nous sommes là, ma femme, moi à arpenter les rayons du magasin. Caroline, ma femme, hésite continuellement dans ses choix à tel point que je ne me glisse plus dans le débat depuis longtemps ! C’est vrai que c’est un sacré dilemme, entre le produit pas cher qui parait douteux et le plus cher, forcément de marque, qui n’a pas l’air beaucoup mieux ou ceux qui ont des indications inscrites si finement qu’il faudrait un microscope pour les lire. Essayer de comparer dans ces conditions est de l’ordre du casse-tête et comme je ne suis pas un mathématicien forcené...
        Caroline cherche, revient en arrière, retourne sur ses pas et le caddy n’est toujours pas rempli. Elle hésite tellement qu’après bientôt une bonne heure écoulée le caddy est à peine rempli, alors qu’après ce temps, habituellement, il déborde de marchandises et nous avons terminé. Moi, dans tout ça que puis-je faire ?  Rien bien entendu !  Alors je fais comme les autres, nous sommes à quelque chose près tous dans le même cas, nous les maris bien marris de la situation et courbés en deux, avachis sur la barre de direction du chariot, à risquer la scoliose. Pour le moment je suis occupé à me placer à équidistance de deux rayons traquant les allers et retours de ma moitié. Je n’ai toutefois pas la sensation d’être le seul. J’ai croisé le regard d’un collègue se trouvant à l’autre bout du rayon, il avait l’air aussi impatient que moi. Certains à contrario ont avec eux leur Smartphone. Probablement l’auraient-ils eu sans cela, mais là, ils pianotent dessus sans même prêter attention à ce qui se passe autour. C’est eux les plus heureux ! Ils sont dans leur bulle. Leur parcours semble tout tracé, robotisé, ils avaient peut-être plus conscience que moi de ce qui les attendait.
        Lorsque ma moitié s’est adressée à moi tout à l’heure pour recueillir mon assentiment à l’achat d’une marque pour la nourriture du chien j’ai émis d’un ton las : ouais ! Le plus vexant pour moi c’est qu’ayant dit cela, je la voyais remettre le produit dans le rayon et rechercher la marque juste à côté… désespérant !
        De surcroît, c’est qu’aujourd’hui le magasin grouille de monde, la rentrée scolaire approche !  La grande surface a eu beau mettre en rayon fin juin les marchandises scolaires, les retardataires sont légions. Ils ont attendu la dernière minute pour faire les provisions. Et pendant ce temps-là, nous, nous ramons dans les rayons. L’allée centrale ressemble aux couloirs du métro à six heures du soir et nous avons bien de la peine à avancer. La cohue des pousseurs de chariots, entre ceux qui veulent aller tout droit et d’autres qui ne sachant où trouver de quoi satisfaire leur liste de fournitures, provoquent moult embouteillages et vont quelque fois jusqu’à s’invectiver et se regarder de travers.
        Nous essayons de nous approcher des caisses et là, c’est la même chose pour ne pas dire pire, une dizaine de chariots à la suite devant chaque caisse. La corvée n’est pas terminée…    Caroline à l’air d’être satisfaite de ses achats, moi je suis plus sceptique, mais c’est elle qui sait. En rentrant elle va peut-être constater en relisant son ticket de caisse qu’un article a été compté deux fois, ou qu’un prix ne correspond pas à celui qu’elle a cru voir affiché en rayon. Le comble c’est que nous devrons retourner pour contester et comme ce sera notre parole contre la leur, nous n’obtiendrons rien du tout.
        La file s’amenuise tellement lentement que je serai bien tenté de faire une petite sieste accoudé au caddy, en songeant que j’aurai été bien mieux au zinc d’un bar ! Mais Caroline veille au grain et me tiens éveillé d’un coup de coude dans les côtes en me regardant de travers et en ajoutant tout bas à mon oreille… ça ne se fait pas, voyons. Là, j’ai eu la sensation, l’espace d’un instant, d’être redevenu un petit garçon et me suis redressé légèrement honteux, vexé et énervé.

     

     

     

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