• Proposition 251 (250 et 249) - Instantané - Josée

     

    Proposition 251 (250 et 249) - Instantané - Josée

    « - Gontran, mon ami, croyez-vous qu’il fera beau demain ?

       - Mmmmm…

       - Le journal dit que non. Comme c’est contrariant, ce temps qui change sans cesse ! Vous ne trouvez pas ?

       - Mmmmm…

       - Il est vrai que les journaux disent toujours n’importe quoi. Tenez, là, par exemple, en première page : « Enigmatique présence d’un homme en collants dans le ciel de New York » … Colossal : le retour de Superman ! Un homme en collants, volant ! Je vous demande un peu… Que ferait un homme en collants ailleurs que dans un corps de ballet ? C’est ridicule ! Vous ne trouvez pas ?

       - Mmmmm….

       - L’ennui, c’est qu’ils disent parfois la vérité. Ce serait trop facile ! Il suffirait de comprendre le contraire de ce qu’ils écrivent, et l’on tomberait juste : ainsi « demain, ciel voilé, avec possibilité d’une averse en début de soirée » serait à interpréter comme « ciel clair sans nuages, sous un beau soleil estival ». Mais non : rien n’est sûr, rien ne dure, tout ment, tout est aléatoire… Comme c’est agaçant ! Vous n’êtes pas agacé, Gontran ?

       - MMMM….

       - Rien ne vous agace, c’est exaspérant ! Vous voilà, vautré dans une béatitude postprandiale, avachi, époux abstinent incapable de tendre à l’astre solaire autre chose que vos jambes éburnéennes…

       - Holà, Paulette ! Stop à la jacassette ! Tu me casses les burnes, avec tes zéburnéennes ! Cause moins alambiqué, et laisse-moi siester !... »

        Ce dialogue ionesquien eût pu durer longtemps et, qui sait ? peut-être évoluer : fera-t-il beau demain ? Superman vole-t-il dans le ciel de New-York ? Gontran saura-t-il satisfaire l’insatiable Paulette ? Nous n’en saurons rien.
    - Et pourquoi donc, sadique narrateur qui nous refuse toute certitude et nous laisse suspendus dans un instantané absurde, telles des libellules sans point d’atterrissage ?
     Las ! Doisneau passait par là, badaud lunatique, et les figea dans son appareil magique. Tel deux navires encalminés, notre couple bilobé, double tête sous double chapeau, se voit englué sur papier glacé, dans cette posture ridicule, pour l’éternité… Pour l’éternité ?... Est-ce si sûr ?
      
    Au secours, Superman !

     

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