• Proposition 249 - Idylle en one shot - Domino

        Après avoir longtemps tergiversé, il avait pris sa décision : prendre l’avion jusqu’à Bruxelles. Il fallait qu’il ait une entrevue avec Morris, il n’avait que trop attendu. Ses principales doléances se bornaient au constat suivant : il manquait cruellement d’éléments féminins dans son entourage.
     D’accord, il y avait bien Jane, Calamity Jane, mais Luke la considérait comme un pote et entretenait avec elle des relations rustres et fraternelles, il y avait également Ma Dalton, petite veuve toute occupée à assurer le bien-être de ses rejetons, lesquels profitaient honteusement de leur réputation, quelques filles de saloon infréquentables et la délicieuse Sarah Bernhardt qui s’évanouissait un peu trop souvent et n’avait aucun sens pratique, bref, rien à se mettre sous la dent. Il n’en pouvait plus de sa vie de célibataire endurci, même si la même Sarah Bernhardt déclarait avec force sous-entendus à son propos : « un cow-boy solitaire parce qu’il le veut bien ! » Proposition 249 - Idylle en one  shot
     Il avait donc décidé de se rendre à la source pour demander à son créateur de mettre sur sa route quelque fille séduisante. C’est là, dans les studios de la maison Dupuis, qu’il croisa une autre Jeanne, cette fois une « mademoiselle Jeanne » qui travaillait aux archives des studios. Un vrai coup de foudre. Lorsqu’il arriva au 4ème étage des studios elle venait de sortir de l’ascenseur et sa croupe musclée ondulait faisant balancer une somptueuse queue de cheval rousse qui lui rappela immédiatement l’appendice caudal de Jolly Jumper. Perchée sur ses petits talons qui claquaient tout le long du couloir, elle se dirigeait vers le distributeur de boissons. Luke y vit une occasion inespérée pour un premier contact. Il s’élança à sa suite, le cliquetis de ses éperons en léger décalé avec les talons de la jeune femme, produisit une ligne musicale dont le tempo l’encouragea. Avant de l’accoster, il retira son Stetson et d’un geste rapide et ramena une mèche brune sur le côté.

       - Mademoiselle, permettez- moi de me présenter : Luke, Lucky Luke, puis-je vous offrir une boisson ?
      
    - Vous êtes de la maison ? Je ne crois pas vous connaître. Moi c’est Jeanne. Je travaille aux archives. « Je veux bien un café » dit–elle en rougissant, ponctuant ses paroles de vigoureux va et vient de sa queue de cheval, ce qui émut à nouveau notre cow-boy romantique. 
      
     Luke découvrit son petit minois pointu criblé de taches de rousseur derrière ses grandes lunettes rondes et la trouva tout à fait charmante. Ils sirotèrent leur café en devisant sur les sièges qui se trouvaient tout près du distributeur. C’est ainsi que Luke apprit que Jeanne, secrètement éprise d’un dénommé Gaston se débattait également dans un désert amoureux et que lasse de passer inaperçue aux yeux de son éternel amoureux, elle envisageait une  prochaine reconversion, et pourquoi pas un départ à l’étranger. En entendant cela, Luke se dit que c’était le moment de se placer :
      
    « I’m a poor lonesome cowboy, darling. Si vous êtes OK pour oublier un peu l’air pollué de Bruxelles et goûter aux grands espaces, je vous promets de vous faire voir du pays, de vous emmener découvrir les grands espaces. Caracoler en croupe jusque dans le Colorado ! A nous le vertige du Grand Canyon. Faites-moi plaisir, laissez un moment les studios de la maison Dupuis et ses brouillards vagues et prenez un ticket pour le grand Ouest américain : le Wyoming, l’Arizona, la Californie. Je vous emmènerai jusqu’à Las Vegas pour vous refaire un avenir et si l’envie de faire trempette devenait trop pressante, on ferait une halte à Salt Lake City !
      
    -   Quel programme Luke, j’ai de la peine à imaginer un tel périple !
      
    - Vous ne serez pas déçue. Jolly Jumper saura être la plus accueillante des montures.
      
    - Jolly Jumper ?
      
    - Oui, mon  destrier et  fidèle compagnon, vous n’avez qu’un mot à dire. ..
      
    - Mais Luke, je ne suis jamais montée sur un cheval !
      
    -  Qu’importe Jeanne, je saurai vous y amener. Si vous vous décidez, je vous promets de convaincre Morris pour une année d’aventures telle que vous ne pouvez l’imaginer !
      
    - Ça, j’en suis certaine !

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