• Proposition 247 - Dédales - Kanga

     

     — Bonjour Paul Richemond.
    Nous sommes heureux de recevoir ici l’heureux lauréat du prix Goncourt.
    Vous étiez l’outsider, inconnu du grand public à ce jour.
    C’est d’ailleurs votre premier roman.Quel est votre sentiment devant ce succès fulgurant ?

    — J’en suis moi-même étonné et pour tout vous dire un peu embarrassé. J’aurais préféré plus de discrétion, moins de tapage pour mes débuts au grand jour. C’est en effet mon premier ouvrage publié, mais j’en ai beaucoup dans mes tiroirs, tous invariablement refusés.

    — Allons, allons, ne faites pas la fine bouche, pardonnez l’expression, mais le Goncourt ce n’est pas rien.  Alors, heureux ?

    — Bien sûr, j’apprécie à sa juste valeur la reconnaissance de mes pairs, mais je ne cours pas après. Vous savez, je ne cherche pas les récompenses et autres hochets qui mènent à la célébrité et à tous les désagréments qui vont avec. J’écris par passion, des mots, de la langue, de la fiction, de la vie. J’écris pour instaurer un dialogue avec mes lecteurs, fussent-ils virtuels. D’ailleurs, je suis mon premier lecteur, il faut que je m’enflamme pour ma prose, qu’elle suscite mon intérêt et ma réflexion pour arriver à sortir de moi toute cette matière textuelle.  

    — Votre ouvrage est étrange, on peut dire ça ? Plusieurs entrées, des mots manquants, bien des gens seront déroutés, même si le jury Goncourt a apprécié.
    Vous ne voulez rien moins que révolutionner le roman ? N’ai-je pas raison ?

    — En effet, il y a un peu de vérité dans ce que vous dites. 
    Comme l’écrivain que j’admire le plus, Julio Cortazar, j’ai voulu mettre en place plusieurs manières de lire mon roman « Dédales ». 
    Au début, dans son ouvrage « Marelle » l’auteur a inséré 2 tableaux, dans lesquels sont notés les numéros de pages où doit se rendre le lecteur, en sautant de l’une à l’autre comme quand on joue au jeu de la marelle : 2 débuts, 2 fins et des chapitres parcourus dans un ordre différent. Moi, j’ai mis au point 6 chemins pour lire « Dédales » ! Pour faire jouer le hasard, un dé sera joint à l’ouvrage. Le lecteur tirera au sort son itinéraire de lecture. Il pourra lire un roman multiple à 6 faces.

    — Et les mots manquants, c’est volontaire, je suppose.

    — En effet, j’ai voulu que le lecteur s’approprie le texte, participe. Si j’ai laissé des espaces blancs, sans rapport avec la taille des mots supprimés, c’est pour qu’il y inscrive les siens, qui pourront être différents à chaque lecture selon son humeur et les détours qu’il aura parcourus pour y arriver. Je recherche une sorte de symbiose, un pont entre lui et moi qu’il pourra peut-être franchir et me rejoindre.

    — Un peu comme Pérec, en somme.

    — Je n’aurai pas l’outrecuidance de me comparer à ce génie. Il m’a inspiré, c’est vrai, mais je n’ai pas omis de lettre. J’ai une très grande admiration pour lui, ainsi que pour l’OULIPO dont les contraintes formelles l’ont guidé. Mais dans « Dédales », elles sont d’un autre type : l’itinéraire aléatoire du lecteur, sa participation à la recherche de mes mots camouflés en « blancs ».

    — Et votre but, dans tout ça ?

    — Les récits linéaires, banals de la vie de tous les jours m’insupportent, m’indiffèrent !
    Je veux m’envoler avec mes lecteurs dans l’imaginaire et leur faire voir les choses autrement, sous un autre angle, très loin de l’habituel.

    — Et après ce succès, vous avez sans doute un projet en chantier ?

    — Pas pour l’instant. Ce roman c’est la substantifique moelle de mon esprit, l’œuvre de toute une vie ! Qui sait si j’écrirai encore un jour ?

    — Merci mille fois, Paul Richemont, et bonne chance pour la suite, si suite il y a.

      

     

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