•  
    -         Ça y est, j’en vois un

     -         Où ça ?
     
    -         Après la boulangerie, à droite.
      
     Fred freine brutalement et dans un crissement de pneus, se gare en face à la hauteur de la machine ; Sarah sort de la voiture : elle va en profiter pour fumer car il ne supporte pas l’odeur de la cigarette dans sa caisse.
     
    -         « Bienvenue, veuillez insérer votre carte
     
    -         Tu entends ça ? Ils en font qui causent maintenant !
     
    -         Evidemment, c’est pour les aveugles, c’est comme les signaux sonores des carrefours pour traverser !
     
    -         Ah bon ?
     
    -         Bienvenue, veuillez insérer votre carte
     
    -         C’est bon, tu l’as dit, voilà j’insère !
     
    -         Ouille !! Doucement »
      
    Incrédule, Fred se tourne vers Sarah :
     
    -      « Ça va ? »
         Sarah fume, adossée au capot, elle hoche la tête sans un mot. Fred sélectionne un retrait sans ticket de 50 euros
     -         Veuillez entrer votre code à l’abri des regards indiscrets
     
    -         C’est bon, y’a pas de regards indiscrets, t’inquiète, y’a personne !
     
    -         Veuillez patienter nous traitons votre demande
     
    -         …….
     
    -         …….
     
    -         Bon, alors ça vient ?
     
    -         Nous traitons votre demande
     
    -         C’est ça, traite !
     
    -         Sortie imminente
     
    -         Aboule ma belle, on attend tes  biftons pour aller au « Macumba »
     
    -         Ça va être difficile, vous n’avez plus de pognon sur votre compte 
     
    -         Comment ça, plus de pognon ?
     
    -         Plus de blé, plus de cash, plus rien !
     
    -         C’est impossible, tu entends Sarah
         Sarah hausse les épaules :
     
    -         Ce n’est pas moi que ça va étonner….
          Après deux secondes de silence stupéfait, la voix robotique résonne une dernière fois
     
    -         Faites demi-tour dès que possible !

    Proposition d'écriture 236 - Sortie de route - Domino

     


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  • Un grand moment...Atelier Poudreurs d'escampette : proposition d'écriture 231

    Quel qu’il soit,  peu importe le lieu, l’époque, le contexte, qu’il s’avère dramatique ou joyeux, personnel ou collectif, intime ou partagé, contez un grand moment de votre vie réelle ou imaginaire. Trois petites contraintes :
    a) Utiliser la première personne du singulier,
    b) Le «  je » est obligatoire,
    c) Le « présent de l’indicatif » totalement impératif !


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  •     Je suis fière, et déjà volontaire. Je veux aussi prendre la place qui me revient, je me creuse la cervelle pour  trouver le moyen de les épater. Avec mes faibles ressources, c’est sûr, et  à ma hauteur, si je puis dire. Tiens, je vois qu’ils me regardent, me sourient. Moi aussi je les aime, je les adore, je les découvre jour après jour, avec leurs défauts, leurs exigences et leurs espoirs. Je dois trouver un truc pas ordinaire, nouveau, du feu de Dieu pour les surprendre.

       Bon, récapitulons : je dors, c’est bien. Je mange, c’est bien. Je pleure, c’est normal. Je ris, c’est super. Je boude, déjà ! Je jette et je casse. Pas top. Je fais des bulles. Nouveau. Je rampe. Dangereux. Je cogite, je réfléchis, je scrute, j’observe, je jauge, je tape avec ma cuillère sur la tablette pour rythmer mes pensées. Le bruit, ça fait du bien, j’ai toute la vie devant moi pour aimer le silence. Mais j’ai déjà passé l’âge des merveilleux jets de purée. Dommage, c’était bien marrant. Je dois trouver un truc encore plus spectaculaire et dont je serais fière….
     …Pardon, je sais, je m’endors facilement, même en plein réflexion, oh là là ma tête, je prends toujours de mauvaises positions, encore une bosse… Je récupère lentement mes esprits, je risque un petit sourire pour rassurer tout le monde, je ne sais pas pourquoi j’attire ainsi l’attention sur moi,  un pet de travers et c’est la panique à la maison. Non, je n’ai pas mal à la tête, je me suis juste cognée contre la tablette, mais j’ai la tête dure, je suis prête à parer à tous les coups,   et je demande juste  un peu de tranquillité autour de moi pour mettre mon plan à exécution. Sur le tapis Blanche-neige,  j’avance rapidement à quatre pattes (je suis parfaitement rôdée dans ce genre d’exercice), c’est marrant, le monde vu d’en bas, je vois que je suscite un vif intérêt de la part de mes aînés.  Puis je relève la tête pour évaluer la distance entre la chaise et ma main. A genoux, je pose prudemment une main puis l’autre  sur le pied de la chaise, je m’agrippe, j’effectue une poussée pour tenter de poser mon pied gauche bien à plat. O hisse, que c’est dur, que d’efforts à accomplir. Je les imagine dans mon dos à rire, peut-être à se moquer ! Qu’importe, je ne veux pas abandonner en si bonne route, il y va de mon honneur.
       Une première tentative a échoué. Je suis morte de honte. En fait, je ne sais pas trop ce qui m’attend quand je serai là-haut, mais je sais que ça vaut la peine de retenter l’expérience. Ce qui m’énerve, c’est que je suis empêchée par ma couche qui me parait peser une tonne et contribue ainsi à déplacer dangereusement mon centre de gravité. Pourtant, j’ai de bonnes cuisses, bien musclées, je les dois sans doute à mon  appétit  et à mes nombreuses balades à quatre pattes dans la maison. Il me faut à tout prix  persévérer, je dois leur montrer enfin de quoi je suis capable !
       Cette fois, il me semble avoir trouvé un meilleur équilibre. Je renouvèle l’opération, mais en posant plus haut mes mains sur le dossier. Et en me forçant à maîtriser mes peurs. C’est vrai que j’aimerais faire la brave, mais en réalité j’ai une de ces trouilles ! Pourvu qu’ils ne s’en aperçoivent pas ! Ouf, enfin debout ! C’est un début. J’ai l’impression d’être une géante et avec le recul, je vois pour la première fois les deux yeux de Blanche-neige en même temps... qui semblent me fixer et m’encourager gentiment. A présent, il me faut à tout prix me séparer de cette fichue chaise qui s ‘agrippe à mes doigts et semble ne plus vouloir me lâcher…  ils sont là… un peu plus loin, ils me tendent les bras… rien de terrible ne peut  plus m’arriver…
       J’hésite, je chancèle, je titube, je flageole, je vacille…Je marche !

    Proposition d'écriture 235 - Un exploit - Cloclo

     

     


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  • Houston…
      
    Quarante-six heures après le décollage, Houston appelle le vaisseau spatial pour confirmer que tout fonctionne parfaitement et que les gens du centre de contrôle « s’ennuient à mourir». Neuf minutes après, l’équipage d’Apollo 13 entend une explosion. Le réservoir 2 d’oxygène vient d’exploser à 300 000 km de la terre, endommageant à son tour le réservoir 1. Le gaz s’échappe dans l’air, l’équipage perd graduellement l’approvisionnement en électricité et en eau, et le module Odyssey perd toute stabilité. Le commandant Swigert est le premier à lancer la phrase célèbre : « Houston, nous avons un problème ! »…

       Paris 12éme, même jour, même heure et même année…
    Je suis pourtant d’un naturel confiant mais cette attente prolongée commence à me peser.
       Depuis combien de temps suis-je là, confiné dans l’obscurité, à attendre ? Quelqu’un de l’extérieur est-il au courant de ma présence ici ? Qui me séquestre ainsi et pour quelle raison ?
       Pour le moment je ne manque encore de rien… Mais pour combien de temps ? Mes membres ankylosés ne répondent plus à mes appels. Mes bras grêles ne trouvent plus le chemin de mes yeux et j’ai du choisir la solution des faibles : j’incline ma tête jusqu’aux genoux. C’est la position dans laquelle je me suis réveillé dans ce lieu. Je m’habitue au manque de sommeil depuis que mon esprit s’aiguise. Je fais la chasse aux pensées. Dès qu’il s’en présente une, je l’agrippe et l’attire jusqu’à moi. Je la décortique, la décongestionne et ne me résigne à l’abandonner qu’après m’être assuré qu’elle ne peut plus m’être utile. Parfois la région des idées reste nue, alors, prudemment je remets à plus tard et fais le mort jusqu’à une autre impulsion de révolte… En me balançant mécaniquement, je m’aplatis sur le côté : j’ai réussi à bouger. Il s’agit de se mettre à plat-ventre, mais mon dos, pesant et mou adhère obstinément à la paroi. J’essaie de rouler sur moi-même mais mon cordon de survie m’étrangle et je reste coincé sous mon propre corps. Je salive une tiédeur humide que ma langue pâteuse et gonflée ne supporte plus et rêve d’un objet froid sur mes lèvres. L’étouffement menace ; ne cherche-t-on pas, de l’autre côté de la cloison, à diminuer ma ration d’oxygène afin de me renvoyer au néant ? Assommé de fatigue je lèche mon coude.
       Le réduit se met à vibrer anormalement et frémit à intervalles réguliers.
    Ce phénomène silencieux va-t-il s’amplifier ? Mes tentatives désordonnées pour ramper perturbent-elles un mécanisme subtil ? Le rythme s’accélère et les secousses gagnent en amplitude et en violence. Je suffoque.
       Il est trop tard pour regretter le temps du croupissement et des désirs de fuite. Le corps secoué et malmené, je n’arrive pas à protéger ma tête. Où va-t-elle s’écraser ?
       Une lumière envahit le réduit. Des ombres dantesques m’enserrent, m’entraînent et frappent sans fin ma peau cyanosée jusqu’à ce que je me fissure à la vie dans un interminable cri…

     


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  • Sans adjectif.Atelier Poudreurs d'escampette : proposition d'écriture 231

    En vous inspirant de Roland Barthes  qui a décrété dans son Manifeste  que la catégorie linguistique la plus pauvre est l’adjectif, écrivez un portrait sans en employer un seul dans le texte. En revanche le titre devra être un adjectif.
    « L’adjectif : Il supporte mal toute image de lui-même, souffre d’être nommé. Il considère que la perfection d’un rapport humain tient à cette vacance de l’image : abolie entre soi, de l’un à l’autre, les adjectifs. Un rapport qui s’adjective est du côté de l’image, du côté de la domination, de la mort. » Roland Barthes 


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  • Dans la pénombre, elle est là
    Les lacs d’Ecosse délavent ses yeux, le vert, le bleu jouent les gris
    Une bouche bois de rose, les lèvres s’ourlent de courbes au goût de fruit
    Les narines palpitent comme pur sang en colère
    Transparences de l’arum, volutes de pétale jouent la perfection de l’oreille
    La chevelure dégringole, rire des boucles sur les épaules, noirceur de soie
    Peau, poudre de riz, dessine l’ovale, le triangle du visage
    Equilibre roulement à bille sur un cou à la grâce d’un oiseau aquatique, sa fragilité
    Et puis elle disparaît dans la nuit
    Mirage ?

    Proposition d'écriture 234 - Belle - Mireille

     


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  • Devoir de fin de vacancesAtelier Poudreurs d'escampette : proposition d'écriture 231

    Choisissez l'incipit d'un roman que vous avez lu cet été (pas avant ! Si vous n'avez rien lu cet été, vous êtes dispensé de l'exercice), et faites-en le début de votre nouvelle.

    Post scriptum : si c'est "50 nuances de grey2", l'ouvrage culte de vos vacances, vous êtes également dispensés !


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  • (« Jules » de Didier van Cauwelaert)

        « Je sais qu’il faut se méfier des coups de foudre, mais je suis devenu brutalement amnésique ». Manifestation de rejet ? La morale bourgeoise et moi, ça fait deux, j’avoue. Je chéris ma maîtresse. Elle prétend me rendre au centuple l’amour que je lui porte. L’amour ?    Sentiment bien ambigu de son vocabulaire.
       Bon, elle m’aime. Admettons ! Mais alors pourquoi me refuse-t-elle la fréquentation des chiennes de l’immeuble ? Pire : j’ai l’impression qu’elle entend choisir la chienne de mon cœur à ma place… Un mariage arrangé ?
       - Nan !
       - Moi, je n’en veux qu’une seule : toi, ma Pimprenelle.
       Au premier coup d’œil, je suis tombé en arrêt.
       Depuis je ne pense qu’à toi. Je ne vis que pour toi.
       Longtemps tu as hanté mes rêves. Je t’enlevais. On partait en Camargue. On se mariait, on avait beaucoup d’enfants... et tant de bonheur ruisselait sur notre couple…
       Trois ans de hachélème, ça brise un clébard. Une «vraie» vie de chien : courte sortie pipi le matin ; long tunnel sédentaire, enfermé à double tour ; pipi-caca le soir. Vivement la déclaration des droits du chien : toute la journée, dans une barre de cages sans lapins, au huitième étage, avec une boîte de canigou fadasse et une gamelle de riz insipide... même les criminels de Fleury-Mérogis ne subissent pas ça.
       Par bonheur, j’avais ma Pimprenelle pour voisine d’escalier ; Pimprenelle, la jolie barzoï du quatrième, sa chevelure de vamp qui lui tombe sur les yeux… Tous les cleps du quartier me l’envie... Je la rencontrais fréquemment sur l’aire cacachien près des bacs à sable. Pimprenelle était une créature de toute beauté, et, contre toute attente, elle était aussi sympa qu’elle était racée. Ni crâneuse, ni hautaine, ni prétentieuse, ni farouche... elle avait du chien et une classe phénoménale. Plus tard, elle aimerait tourner des publicités pour shampoings canins... «un poil de rêve, soyeux et souple». On voit ça à la télé... un métier en rapport avec son animale beauté…
       Et toi ?
       Moi ?
       Moi ? Euh… cow-boy ! Je sais : il me manque le chapeau adéquat et les révolvers à barillets, mais j’ai ça dans le sang. Le goût des grands espaces, l’envie de courses folles, l’intelligence du troupeau, la force explosive, la vitesse, la virilité... Et côté look, c’est pas pour me vanter, mais Clint Eastwood peut aller se rhabiller...
       ...Ses maîtres et les miens nous privaient de contacts pendant les périodes chaudes. Ils m’empêchaient ainsi d’éprouver cette virilité qui restait donc toute théorique.
       Le plus grand bonheur de ma vie m’a cueilli un soir de juin. Son maître, incognito, ma maîtresse, incognita, Pimprenelle et moi, nous sommes retrouvés — fortuitement ? mon œil !     Aux fins fonds du bois de Saint-Cucufa, non loin de la pièce d’eau... Un sourire, deux sourires, la main dans la main, les mains dans les mains, les yeux dans les yeux, langoureux, les mots chuchotés, les rires étouffés, la respiration accélérée… La mousse était douce ; nos deux chaperons laissèrent tomber les laisses. Ce n’était pourtant pas un jour à nous lâcher la bride.
        Et voilà ! tout arrive. Nous avons vécu une merveilleuse soirée d’amour. Tous les quatre. Désirs assouvis et cœur joyeux, nous avons repris, en chantant, le chemin de notre hachélème, d’abord ensemble, puis séparément.
       Pimprenelle et ma maîtresse durent prendre la pilule du lendemain.
       Immédiatement, je suis tombé dans un abîme de dépression itérative et sinusoïdale. Arc-bouté sur mes quatre pattes, je refusais de quitter le cacachien après le pipi du matin ; je refusais l’ascenseur après le caca-pipi du soir ; j’exigeais de monter par l’escalier. Au quatrième, je me ruais sur le paillasson du 412 et je tentais de glisser ma truffe sous la porte de Pimprenelle. Elle était là. Nous geignions en chœur et en contre-ut. Le rut permanent. Durant la journée, j’alternais de longues périodes d’asthénie névrotique et de courts mais violents moments de délire et d’agitation, de folie et d’angoisses extrêmes. J’arrachais la moquette avec mes griffes, je rongeais le bas de la porte d’entrée, je pissais sur le canapé du salon, je pleurnichais lamentablement ou je hurlais comme le loup au clair de lune. En rentrant, mes maîtres me trouvaient affalé dans mes excrétions, haletant et fiévreux, sur le flanc, langue pendante, regard vitreux.
       Il fallait faire quelque chose.
       Appliquant l’adage chinois «Le chien va mal ? ausculte les maîtres», le cano-psychiatre entreprit une introspection sociétale et leur posa mille questions délicates sur leur vie auxquelles ils ne répondirent, pas toujours exactement, d’ailleurs. Puis il me fit allonger sur la moquette et m’interrogea. Quelques questions sur mes cauchemars, mes aspirations, mes souvenirs d’enfance, mes rapports avec ma famille, mes fantasmes. Puis il me testa.
       — Su-sucre ?
       — Waf waf !
       — No-nosse ?
       — Rrrrhoua ! houah !
       Il me tend une photo...
       — Chachat ?
       — Grrrrrr ! Grrrrr !
       Il enfile un bonnet de laine avec des oreilles de lapin :
       — Cherché... va chécher lapin !
       — Wououaaaarf !
       Je fus secoué par un inextinguible éclat de rire... l’air con qu’il avait avec sa moumoute sur la tronche...
       Le spécialiste était formel. Mon cas tenait du trouble obsessionnel, d’origine libidineuse, alimenté par un syndrome d’enfermement. Il manque de soleil, votre cador ; de courses folles au cul des vaches ; de parties de chasse, truffe au sol ; de contacts avec les filles de son âge...
       Bon. Il encaisse son chèque et nous raccompagne. « Votre ménage branle dans le manche... je ne sais si vous avez décidé de rester ensemble, mais... pour le chien, le spectacle des conflits matrimoniaux, c’est pas trop bon... »
       Je suis un ingrat. C’est ma maîtresse qui me serine ça sans cesse sous ses sourcils circonflexes des grands jours...
        Un beau matin, mes maîtres ont déménagé, pour sauver leur couple — et leur chien — disaient-ils. Nous sommes maintenant installés dans une jolie fermette à Trou-sur-Morin.
       Ingrat ? Je dispose, certes, d’un très grand terrain de jeux et je cavale à m’époumoner. A tourner comme un dément, tout autour du lopin, j’ai creusé mon chemin de ronde. Comme après le passage d’Attila, l’herbe n’y repoussera jamais. Je me jette sur tout ce qui bouge : piétons, cyclistes, facteur, livreurs, gendarmes. Tout. Mais je me cogne la truffe à ce foutu grillage et je m’affale dans l’amertume et la mélancolie. Ici personne ne s’occupe de moi. Ils se sont rabibochés sur mon dos, ces deux-là, mais moi, ils m’interdisent de passer le portail ! Enfermé. Dehors, mais dedans !
       Double peine. Pimprenelle me manque terriblement. J’en suis malade. Je perds mes poils hors mue tel un chien galleux et je me gratte au sang. Il y a bien la chienne d’à côté qui me fait de l’œil... «une gentille chienne et des voisins charmants», me suggère ma maîtresse sur des tons sucrés. Elle veut me caser ? Avec cette vamp au QI de pois chiche ? Pas  question !
       Il n’y a que toi, ma Pimprenelle... Que toi… Si tu savais comme je les regrette, nos pipis au cacachien !
       Longtemps tu as hanté mes rêves... je t’enlevais…
       Il est minuit. J’ai creusé sous le grillage toute la journée d’hier. La lune claire m’accompagne, haut dans le ciel étoilé. J’ai pris la route en sifflotant. J’arrive, ma Pimprenelle… J’arrive ! 

     


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  • (Une sainte – Emilie de Turckheim – Le livre de poche)
        « Très tôt, elle sut qu’elle serait sainte. » Cependant, il ne suffisait pas de le savoir, il fallait s’y employer. Elle avait toujours le prix de meilleure camaraderie en classe, mais c’était banal, il y en avait un par classe. Elle fit les courses des petites vieilles dans son quartier. Celles-ci lui donnaient la pièce et la forçaient à l’accepter. Un travail rémunéré n’a rien d’un geste pieux. Elle allait au catéchisme régulièrement, à la messe tous les dimanches, se confessait bien qu’elle n’ait véritablement rien à avouer qui puisse être considéré comme un péché, à part peut-être justement le dimanche après-midi la part de gâteau confectionné par sa mère dont elle se délectait. Au désespoir de ses parents, elle ramenait chez elle tous les chats errants pour les nourrir et les soigner. Serait-elle bonne sœur, infirmière, travaillerait-elle à la SPA ? La question lui était posée comme à tous les enfants de son âge, bêtement d’ailleurs, car très peu savent alors à quoi ils se destinent. Elle n’osait répondre : « je serai sainte », c’était pourtant ce qu’elle pensait en son for intérieur.

        A l’église, quand elle s’y rendait seule, elle s’adressait à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une statue la représentant en pied, serrant contre sa poitrine un Christ en croix, et lui demandait de lui révéler sa « petite voie ». Or, celle-ci restait de marbre. Entrer au couvent ne lui semblait pas le juste chemin pour atteindre la sainteté : pour être déclarée sainte, il fallait que l’environnement eut conscience de l’extrême dévouement de la postulante.  
        Le jour de sa communion solennelle, en avalant l’hostie, elle sut qu’il fallait renoncer à son corps pour accueillir celui du fils de Dieu. Elle cessa donc de manger. Ses parents eurent beau supplier et tempêter, rien n’y fit, si ce n’était l’état de faiblesse dans lequel elle se retrouva bientôt qui la conduisit directement à l’hôpital, où elle n’eut plus qu’à obéir. Dès qu’elle fut en meilleure santé, elle insista pour suivre l’infirmière dans sa tournée de soins, pas longtemps : elle s’étala bientôt de tout son long sur le sol.
        Lorsqu’elle reprit les cours, ses camarades la regardèrent curieusement. Elle se sentait ostracisée. Fallait-il en passer par là pour atteindre la voie de la sainteté ? Le bruit s’était répandu dans le village et les garçons aussi la fuyaient. Enfin, pas tous ! Michel, avec son doux visage, lui souriait. Le temps passa sans qu’une solution à son problème ne lui vienne à l’esprit.
       Un peu plus grand et plus âgé qu’elle, Michel aurait été joli garçon, si ce n’était sa bosse dans le dos. Voilà, se dit-elle alors qu’elle travaillait à la ferme familiale, je vais lui sourire, lui parler, l’aider à vivre. Et elle l’aida tant et tant qu’un petit ange fut conçu, et certainement pas par l’opération du Saint Esprit. Elle fut obligée de confesser pour la première fois un péché capital à Monsieur le Curé qui ne manqua pas de la gronder. « Comment, toi, Bernadette, mais quelle honte ! » Son erreur, qu’elle n’avait d’ailleurs pas considérée comme telle, fut vite réparée, elle endossa pour la deuxième fois de sa vie une superbe robe de dentelle blanche et, se regardant dans le miroir, elle crut voir dans son diadème une auréole.   

     


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  • Manque de sensAtelier Poudreurs d'escampette : proposition d'écriture 231

    Votre histoire mettra en scène un personnage chez qui un sens est déficient.
    Sens peut être pris au pied de la lettre ; à savoir l'un des 5 sens, mais il peut aussi définir une aptitude particulière.

    Ex : sens de l'orientation, sens des affaires, sens de l'humour, sens de la répartie... Etc... Etc...


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