• Guide culturel d'un jour.                                                                                          Thème de la proposition 258

     La ville vous choisit pour promouvoir son patrimoine culturel , y compris des créations  contemporaines dont cette installation. A vous de révéler  à votre groupe de visiteurs les secrets et l’intérêt de l’oeuvre.

    Thème de la proposition 258

     

     

     


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    Proposition 258 - Les petits bonheurs de Mr Zao - Joëlle

         Monsieur Zao aimait les corps. Certes, Il manifestait comme beaucoup, un intérêt plus prononcé envers les fesses de ses clients mais c’était pour la bonne cause ! Au fil du temps, les fesses étaient devenues son fond de commerce et la vocation de toute sa vie. N’y voyez là aucune obscénité pas plus que de gauloises pensées. Tout d’abord parce que Zao comptait 93 ans et qu’il avait oublié jusqu’au souvenir même du mot désir. Ensuite parce que Zao ne songeait qu’à donner aux fesses de chacun, l’assise parfaite qui convenait à leur arrière-train, à leur train de vie et à leurs caprices. Zao était le grand prêtre de la chaise sur mesure, c’était un homme au bon fond, un homme sage et réfléchi. Il travaillait au bien être de l’humanité.

        A chaque fesse sa bonne chaise ! Tel était son crédo. Il faisait dans  le haut de gamme, la haute couture du siège, le modèle unique. Les grands de ce monde s’arrachaient ses services et ses créations exclusives. Il avait expertisé dans le détail les fessiers les plus célèbres de la planète, du showbiz à la politique, du Vatican au Kremlin ou la Maison blanche afin de créer le modèle le plus adapté, le plus seyant à leur anatomie et à leur mode de vie. Le « maître » travaillait ces temps-ci sur une commande spéciale et urgente « la Trump chair ». L’avion de Donald s’était discrètement posé il y a peu sur le tarmac de l’atelier de création pour un premier essayage et Zao en personne avait procédé à l’analyse détaillée des impressionnantes fesses présidentielles. Il en avait fait un moulage parfait, avait évalué la quantité et la qualité des chairs, le volume du gras, la tessiture de la peau, l’importance de l’os, du muscle et la couleur du poil. Zao avait pris dix pages de notes ultra-confidentielles et de  minutieuses mesures pour donner au président fraîchement élu une assise digne de son bureau ovale, de ses folles ambitions et de son extravagant et anarchique système pileux.
        Inutile de préciser que pour produire ces chaises idéales, il fallait longuement travailler les formes et les matières, les couleurs, les textures, le confort, le design, l’ergonomie et la résistance aux pressions de toutes sortes.  Il fallait aussi beaucoup tâtonner et revenir fréquemment sur l’ouvrage. Seules les chaises parfaites et sans défaut étaient retenues. Ce souci de perfection générait fatalement au quotidien, nombre de chaises ratées, de chaises moches, des inadaptées, des mal aimées que l’on jetait et entassait cul par-dessus tête entre les deux buildings de la Zao and Co. Depuis une vingtaine d’années, la pile de chaises indignes de leurs augustes fessiers s’élevait en une formidable pyramide. Les créatifs de la pub en firent même le logo de la compagnie.

        Les années passant, Zao s’intéressa de plus en plus à son édifice brinquebalant par grand vent. A tout instant il jetait un œil sur cet hypnotique empilement de laissées pour compte. Il le fit sécuriser à grands frais. La pyramide ne tanguait plus, les chaises faisaient bloc telle une solide construction de pierres. Des nids d’oiseaux vinrent s’y installer par milliers, les chaises chantaient au printemps venu. Quand le soleil se levait ou se couchait au dessus de cet amoncellement improbable, il y avait foule pour admirer le spectacle et Monsieur ZAO souriait aux anges.
        Noël arrivant, l’édifice s’illuminait de somptueuses guirlandes, de boules multicolores et sur chaque barreau, sur chaque dossier clignotait une étoile. Des milliers de lumignons trouaient la nuit, le spectacle était féérique. Les chaises au rebut prenaient leur revanche, on ne voyait plus qu’elles, le lieu se visitait, chacun s’émerveillait face à ce recyclage créatif ! Une aubaine pour Zao que l’on soupçonnait vu son grand âge, de rater volontairement ses créations pour l’enfantin plaisir de faire monter sa pyramide d’un étage !
        A Pâques, même scénario, il y avait des œufs accrochés à tous les niveaux, aucune chaise, aucun barreau n’était oublié. Une chasse aux œufs s’organisa. Parents et enfants grimpaient agilement ce surprenant mur d’escalade pour récolter lapins et poules en chocolat. Quel spectacle !

    Aujourd’hui le prototype de la Trump chair est en berne mais Monsieur ZAO s’en fout ! Il ne les sentait pas ces fesses là, le fessier du rouquin à casquette rouge n’inspirait pas le vieux designer. ZAO ne s’intéressait d’ailleurs plus qu’à ses sièges ratés ! Ce soir là il avait mis au rebut plus de cent chaises, ce fut son plaisir du jour, la pyramide allait encore grimper d’un niveau ! Monsieur ZAO mourrut heureux, il allait pouvoir grimper, son échelle pour le paradis était fin prête.

     


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    Un selfie mémorable Thème de la proposition 257
    « Une proposition qui ne mange pas de pain » … Deux obligations et une grande liberté

    Avoir du pain sur la planche Etre dans le pétrin Faire passer le goût du pain Etre comme du bon pain Manger d’abord son pain blanc Oter le pain de la bouche Le pain des pauvres C’est du pain béni Etre né avant son pain

    1. a) Introduire dans votre texte 4 expressions piochées dans la liste ci-dessus
    2. b) Prévoir à votre histoire une belle chute

      Thème de la proposition 257

             

     


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        Paul Letron détestait qu'on le prenne en photo. Il ne pouvait supporter de faire une pause ni de se plier à la pose. Impossible pour lui de passer outre les aléas désagréables des bonnes manières de sourire sans bouger devant un objectif. Se confirmer à la norme devenait une insulte à sa capacité d'intelligence et lui paraissait inconcevable. De toute manière, il lui était totalement impossible de demeurer immobile. Se fixer un seul petit instant, il ne connaissait pas. Il avait toujours la bougeotte et ne pouvait s'en empêcher. Il tremblait de l'intérieur. Il vibrait de partout. Il se secouait le squelette bien malgré lui. M'sieur Letron souffrait du syndrome des tremblements incessants. Maladie proche parente de celle dite de Parkinson, mais à l'inverse. Aucune rigidité, tout en mouvements libertaires de s'exprimer sans contrainte aucune, que celle de déplaire aux autres à l'opposé. Celles et ceux qui n'en finissent pas de s'engluer, de s'endormir, de s'attarder en s'attachant aux règles de la bienséance du faire comme il faut. Faire sans déplacer de vent. Ni faire de vague ni d'esclandre. Se déplacer en faisant du surplace, histoire de ne pas déplaire au code d'honneur et d'éthique des conventions sociales du bon marché tout en stabilité et en bonne tenue. Donc, penser se faire un selfie lui était carrément inconcevable. Il avait mis une croix sur cette action bien égotiste d'une façon bien personnelle de la modernité actuelle la toute première fois qu'il en avait entendu parler
       
    En un éclair, il avait dit un non instantané à cette idée saugrenue et si nombriliste.

     


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  • Plus dure sera la chute...                                                                                            Thème de la proposition 256

    « Une proposition qui ne mange pas de pain » … Deux obligations et une grande liberté

    Avoir du pain sur la planche -  Etre dans le pétrin -  Faire passer le goût du pain -  Etre comme du bon pain -  Manger d’abord son pain blanc -  Oter le pain de la bouche -  Le pain des pauvres - - C’est du pain béni -  Etre né avant son pain

    1. a) Introduire dans votre texte 4 expressions piochées dans la liste ci-dessus
    2. b) Prévoir à votre histoire une belle chute       

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    Proposition 256 - Le pain au feu de bois - Christiane

        Baptiste restait l’unique boulanger du village qui avait su conserver aussi son bureau de Poste, un seul bar, celui des Copains et une boucherie qui n’aurait certainement pas de repreneur quand Patrick partirait en retraite. Le commerce de Baptiste marchait bien à présent malgré  quelques difficultés du début mais il ne fut jamais vraiment dans le pétrin. Sa femme, Blandine, jolie brune plantureuse, tendre comme le bon pain, gérait parfaitement la boutique. Elle assurait même les deux tournées hebdomadaires dans les hameaux alentour. Bref, ça ronronnait doucement et Baptiste consacrait à dame nature ses jours de repos. Au gré des saisons, rien ne lui échappait : les châtaignes, les noisettes, les baies et surtout les champignons.

        Un jour de repos,  revenant d’une belle journée de cueillette de champignons au volant de sa vieille Méhari qu’il réservait à ses sorties champêtres, Baptiste fut médusé, à tel point qu’il avait ralenti pour être certain qu’il ne rêvait pas. Non, il ne rêvait pas et ce petit freluquet de Receveur principal avait un sacré toupet d’aller chercher son pain à la supérette  du bourg voisin plutôt que de s’approvisionner à la boulangerie du village ! Il le regarda vider son coffre chargé des courses. Là, il n’y avait rien à dire car plus aucune épicerie n’avait survécu au village. Mais le pain, le pain !!

     Baptiste relança la Méhari suffoqué par tant de mesquinerie. Car, bien sûr, la baguette coûtait moins cher là-bas que chez lui. Une énorme envie de lui faire passer le goût du pain à ce trou-du-cul envahit notre homme qui s’essuya le front perlé de sueur provoquée par la colère.

        Il se remémora le départ à la retraite de l’ancien Receveur, un homme qui savait fidéliser ses clients celui-là. Un barbecue avait été organisé auquel avaient participé les villageois ; le boucher avait fourni les saucisses et les côtelettes, Baptiste avait cuit le pain décliné sous de multiples formes, les femmes avaient préparé moult salades, gâteaux et tartes. Ca avait été une fameuse fête ! Puis était arrivé son remplaçant, un jeune frais émoulu, imbu de sa personne, bref, pas très sympathique. Mais il fallait bien déposer son argent quelque part et La Poste étant la plus proche, on ne se posait pas de questions.

        Ce fut donc très certainement ce jour-là que Baptiste prit sa décision. Il rentra plutôt énervé et Blandine eut un mal de chien à le calmer. Quand elle apprit la raison de la colère de son époux, elle fut elle-aussi écœurée par tant de mesquinerie. On lui confiait bien notre argent à celui-là, tout de même, un retour de gratitude c’était le minimum.

        Devant son fourneau, Blandine marmonnait  tout en faisant sauter une fricassée de cèpes qui embaumait la cuisine.
         Quand on pense qu’il nous avait refusé un prêt ce godelureau pour améliorer le four à pain ! Attendez un peu que les taux baissent qu’il disait, ça ne va pas tarder… Sûr que lui, il avait pas de peine à le cuire le pain, vu qu’il préférait celui de la supérette, blanc, spongieux, sans goût et, en plus, emballé dans du plastique ! Quelle honte.
        Au fil des fournées, Baptiste mûrissait une vengeance. Plus jamais il n’aura mon argent ce freluquet qui nous ôte le pain de la bouche. Je vais revenir à la méthode ancienne : le matelas. Enfin, peut-être pas le matelas... Alors, les mains dans le pétrin, Baptiste malaxait la pâte bien trempée de ses gouttes de sueur, abondantes les jours de grande colère.

        Quand, un peu plus tard,  le Receveur pénétra dans la boulangerie, Blandine, abasourdie, courut chercher son mari au fournil. Celui-ci arriva, blanc de farine mais le nez tout rouge de colère,  provoquant un sourire chez le freluquet de La Poste qui regretta plus tard de s’être laissé aller à un trait d’humour.
        Il voulait quoi le Monsieur ? Du pain peut-être ? Ah non, pas de pain ? Des explications sur mes absences bi-hebdomadaires au guichet pour le dépôt de mes recettes ?  Mais des recettes y’en a plus mon bon Monsieur, en tout cas pas pour vous. Allez donc réclamer celles de la supérette, là vous achetez votre pain,  qui doivent peser bien lourd dans votre balance comptable !
        Le Receveur en resta coi, les bras ballants et le regard stupide. Ne parvenant pas à trouver une réplique il tourna les talons et sortit de la boutique. Il fit quelques pas sur le trottoir, se ravisa puis rentra à nouveau dans la boutique. Il expliqua que la supérette était tenue par sa sœur et que c’était là l’unique raison de l’approvisionnement de ses baguettes lesquelles n’étaient pas à son goût mais il fallait savoir se tenir les coudes en famille, pas vrai ? Là-dessus, il partit pour de bon laissant  Baptiste et Blandine méditer sur sa réplique.

        Un matin, quelques jours après cette visite, le Receveur se présenta à nouveau chez Baptiste, sourire aux lèvres. Une discussion commencée dans la boutique se continua dans la cuisine, puis autour de la table du déjeuner. A l’issue de cette matinée, on vit les deux hommes se serrer chaleureusement la main sur le pas de la porte, on aperçut une baguette dorée à point sous le bras du Receveur qui lança à Baptiste « allez, vous avez du pain sur la planche ! » et les deux compères partirent dans un grand éclat de rire.
        C’était du pain béni cette affaire là : le Receveur avait convaincu sa sœur d’abandonner la cuisson de ses pâtons industriels au profit d’un partenariat avec Baptiste qui dorénavant cuirait le pain pour la supérette. Cerise sur le gâteau, ce serait avec un nouveau four à bois pour lequel un crédit avantageux avait été proposé à Baptiste.
        Le boulanger se frotta les mains et le Receveur fut soulagé de voir le commerçant reprendre le chemin de La Poste deux fois par semaine.

     

     

     


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  •   Au 937, de la rue des Ménines…

    Depuis le temps qu’elle (ou il) passait devant cette mystérieuse boutique, elle décida un jour de pousser la porte…

    Thème de la proposition 255


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    N’ouvrez pas une porte que vous seriez incapable de refermer ! (proverbe persan)
    Je n’aimais pas ma vie prisonnière de la routine, sans imprévus, sans couleur et sans passion ! Je n’aimais pas mon travail dans une banque XXL, noyée sous des colonnes de chiffres ésotériques qui défilaient sans cesse, à la queue leu leu, sur l’écran de mon ordinateur. Je ne m’aimais pas non plus. Je me savais incapable de prendre mon destin à bras le corps, d’oser des rêves fous, des décisions fulgurantes. Dès la sonnerie du réveil, du matin au soir, je passais mon temps à compter les secondes « tic-tac, tic-tac », pour ne pas être en retard, pour ne pas perdre de temps, pour ne pas… Telle une automate décervelée, qui tourne en rond jusqu’à ce que sa mécanique s’épuise. Pourtant un jour de printemps, en sortant du métro, le chant mélodieux d’un oiseau perché dans un marronnier aux feuilles vert tendre s’insinua dans mon oreille et me charma. Je m’arrêtai pour l’écouter et je perdis la notion du temps. Quand le silence se fit, j’étais en retard… Très en retard ! Alors un coup de folie me prit ! Je brisai d’un coup la morne routine et je changeai d’itinéraire illico. Je me précipitai — oui, quand même, je n’avais pas encore perdu toute conscience de ponctualité — je me précipitai donc dans la rue des Ménines ! Ce fut mon nouveau trajet obligé. Le temps s’écoulait autrement et mon regard en éveil fut de plus en plus intrigué par la vitrine du 937, une vitrine éclairée, mais où la vue était confisquée par des rideaux blanc cassé, tirés sur un mystère. J’en fus vite obsédée. J’y pensais sans cesse. Et un soir, en sortant du travail, je n’y tins plus. Il  fallait que j’entre. Je cherchai en vain une sonnette absente… Je poussai la porte. À mon grand étonnement, elle s’ouvrit et je pénétrai dans une pièce vide, entièrement blanche. Le son apaisant d’un carillon à vent en bambou annonça mon arrivée. Un homme entre deux âges, soutenu par deux cannes fit une entrée cahotante par une porte quasi invisible au fond de la pièce, les yeux obscurcis par des lunettes noires. Au premier regard, je le trouvais laid et peu avenant. — Que puis-je pour vous ? — Je ne sais pas… Je suis entrée par curiosité, ce magasin toujours éclairé à la devanture invisible m’attirait, vous comprenez ? — Tout à fait ! Mais c’est notre principe premier, nous n’accueillons que des clients vierges d’idées sur nos activités. — Vous vendez quelque chose ? — En effet, nous sommes une sorte d’agence de voyages… d’un type très particulier, il faut bien le reconnaître.  Ici pas de publicité vantant des pays idylliques… Pas besoin. Nous vous invitons en quelque sorte à des voyages de l’esprit. — Étrange… — Je vous l’accorde. Mais suivez-moi dans la pièce à côté. Nous pénétrâmes dans un espace aux murs également nus, seulement éclairé par la lumière jaune rosée de deux grosses lampes en cristal de sel. Il m’invita à m’asseoir dans l’un des grands fauteuils en cuir fauve qui se faisaient face. — C’est un voyage très extraordinaire auquel je vous convie. Que diriez-vous d’aller admirer les aurores boréales en une demi-heure aller-retour ? — Vous vous moquez de moi ? — Absolument pas. Le premier voyage est gratuit. Regardez-moi… dans les yeux… Et il retira ses lunettes noires… Je ne pus dès lors arrêter de le fixer, littéralement scotchée par son regard magnétique, ses yeux aux iris bleu glacier, cerclés de noir. Avant de sombrer, guidée vers l’ailleurs par sa voix envoûtante qui s’enroulait en boucles autour de moi, il m’apparut d’une beauté stupéfiante. Quand j’émergeais de cet univers étonnant, épuisée, subjuguée et ravie, j’étais conquise. Je revins souvent dans cette boutique étrange, où il me fit contempler des merveilles et je vis fondre peu à peu mes économies… J’étais accro et éperdument amoureuse de Paul, oui je l’appelais Paul maintenant… nous étions devenus plus intimes, en tout bien tout honneur.  Il était le propriétaire et l’unique occupant de la boutique où il exerçait ses talents.  Les clients étaient rares, sans doute. Je n’en ai jamais rencontré. Après une existence aventureuse, sa vie douloureuse d’infirme lui semblait une chute sans fin dans un sombre gouffre.  Je sentais que mes visites lui faisaient du bien. Il disait que j’étais la petite lumière de ses jours. D’ailleurs, il ne me faisait plus payer mes odyssées extraordinaires. J’avais profondément changé. J’avais des projets avec Paul dont il ne savait encore rien. Jusqu’à ce soir. Jusqu’à ce retour de mon dernier trip. Cette fois, je fus emportée dans un atroce cauchemar, pourchassée par l’indicible et le fracas hurlant des armes…  Horrifiée, je repris doucement mes esprits et j’ouvris lentement les yeux. J’avais en mains un colt 45 encore chaud.  Paul gisait sur le sol dans une mare de sang, mort… 

    Coupable… Je plaiderai coupable…

     


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  • Thème de la proposition 254

    P254 - De mémoire d’arbre….

    « Maintenant Yersin est un arbre. Etre arbre c'est une vie, et c'est ne pas bouger. Il atteint à la belle et grande solitude. A l'admirable ennui. »       Peste et choléra de   Patrick Deville

    Un arbre, une histoire… Comme il vous plaira….


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        Enceints d’une brume équatoriale vaporeuse, ils son arrivés, timides et frissonnants, intrigués, hésitants, émus, pleins d’une retenue archangélique, se rassurant mutuellement, se cherchant les yeux, se touchant les mains. Approchez leur dis-je, je suis l’arbre supercoquentieux, l’arbre du cœur et j’ai poussé au centre du jardin magnifique et céleste. Je suis le centre et c’est moi qui tiens la voûte du ciel. Je porte des fruits d’or. J’ai repoussé au dessus des nuages la canopée festonnée d’un feuillage d’argent bordé d’un cordon de lapis-lazuli et d'émeraude. On m’appelle l’arbre du ciel, ou l’arbre de vie. Je suis l’arbre des arbres, je veille sur ce jardin des délices. Je ne règne sur rien. J’accompagne. Approchez, vous dis-je, n’ayez crainte. Mes branches ploient depuis la voute étoilée jusqu’au sol, sous le poids de mes fruits merveilleux. Approchez… Mais non, je ne suis si pas vieux. Pas si vieux et très vigoureux. Hors d’âge. Il faudrait me tronçonner pour connaître mon année de naissance. On me prête quatre vingt mil ans. Mais pour le vérifier il faudrait me tronçonner et me compter les cernes. Quatre vingt mil cernes. J’en suis amusé… Qui de nos jours, saurait encore compter les cernes d’un arbre en comptant sur ses doigts jusqu’à quatre vingt mille sans trébucher ? Quatre vingt mille ans ? Qui ? Qui saurait ? Approchez leur dis-je… Ils sont beaux ces enfants. Ils avancent, les yeux s’ouvrent. Ils lèvent la tête et découvrent les fruits les plus aromaux qu’il soit sur terre et les plus délicieux. Ils sont dans les vignes alourdies par les grains en grappes qui grimpent à l’assaut du ciel, en volutes perpétuelles, autour des jeunes arbres du verger. Jamais œil d’homo sapiens n’a encore admiré pareil spectacle, ni éprouvé telle ineffable allégresse accompagnée par le plain-chant des oiseaux de paradis et par le profond phrasé des grandes orgues cosmiques qui soufflent contre le vent. Le spectacle de la nature les jette dans une ivresse amoureuse. Ils sont nus. Mon Dieu qu’ils sont beaux. Elle s’allonge dans le nid de mousse moelleuse qui tapisse la base de mon tronc. Elle frémit. Embrasse-moi lui intime-t-elle. Lui ne bouge pas, intimidé. Elle a le sourire du vent et le regard de la pluie. Elle lui prend le visage tourmenté et se presse contre ses lèvres. Embrasse moi… Embrasse moi plus fort que ça. Le ciel s’est couvert. On ne voit plus dans le ciel ni lune ni étoile, tous les réverbères de l’infini sont allumés a giorno sur la mousse douillette qui confisque la lumière phosphorescente. Il semble que toutes les étoiles de la voûte céleste soient tombées dans la clairière. Ils font l’amour. Mon Dieu qu’ils sont beaux. Une longue plainte essoufflée s’échappe allegro affettuoso et remplit la forêt. Encore, encore, geint-elle délicieusement. Elle chevauche son amant, le corps tendu comme un arc, sa douce et tendre peau luisante… Encore… encore.    Des ramées sont dressées. J’ai offert mes fruits. Ils les mangent, ils boivent le vin. Ils s’embrassent. Ils sourient. Silencieux. J’ai beau être l’arbre des arbres, je ne suis pas de bois et je suis ému aux larmes.
        Qu’ils sont beaux, mon Dieu qu’ils sont beaux…   
        La vie humaine...    Il fallait bien un début. Non ?

     


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